La philo contre l'ignorance et la peur

L'auteur Frédéric Lenoir... (Archives, La Presse)

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L'auteur Frédéric Lenoir

Archives, La Presse

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« Mon utopie, c'est qu'on organise des ateliers philo une fois par semaine dans toutes les classes pour les jeunes de six à 11 ans. Si on faisait ça, le monde changerait en une génération ! » clame Frédéric Lenoir d'un ton convaincu. Entretien avec l'homme qui veut Philosopher et méditer avec les enfants de partout afin de les éveiller à la liberté de penser par et pour eux-mêmes.

Qu'est-ce que le bonheur ? À quoi tient une vie réussie ? Faut-il répondre à la violence par la violence ? Quelle est la différence entre croire et savoir ?

Voilà autant de questions que Frédéric Lenoir a soulevées lors d'une cinquantaine d'ateliers philosophiques tenus en France, en Côte d'Ivoire, à Montréal et ailleurs au cours des dernières années. 

Premier constat ? « Les réponses ne diffèrent pas ou peu dans leur essence,  et ce, peu importe les cultures, les classes sociales ou le groupe d'âge. Ça confirme que nous avons tous, à la base, les mêmes aspirations, émotions et raisons », répond le Français.

Deuxième constat ? « Les enfants ont une grande soif de philosopher, de réfléchir et d'échanger sur ces grandes questions, qu'il faut évidemment adapter en fonction de leur âge. Les jeunes de cinq ans demeurent dans le ressenti, mais dès l'âge de six, sept ans, soit ce que [Jean] Piaget appelle l'âge de raison dans le sens de raisonner, les enfants sont capables d'être plus abstraits. »

Pour le philosophe, sociologue, conférencier et écrivain, on a « besoin » de permettre à la nouvelle génération d'apprendre à penser par elle-même. Il s'agit là, selon lui, de la meilleure, voire la seule, façon de contrer l'ignorance.

« À l'ère des médias sociaux où les rumeurs prennent le pas sur l'information, où le repli sur soi, la peur et la colère portent des Trump au pouvoir, il est d'autant plus important de développer l'esprit critique des jeunes pour éviter l'endoctrinement, pour ouvrir un vrai dialogue entre les gens et former des futurs citoyens responsables ! »

Si la « clé de l'avenir du monde réside dans nos enfants », comme l'homme de 54 ans le soutient, encore faut-il leur transmettre les « outils de discernement » nécessaires pour mieux comprendre, dialoguer, réfléchir. 

De l'avis de Frédéric Lenoir, l'école doit également servir à cela, et « pas juste à apprendre un métier ». 

« Parce que la capacité de réfléchir est utile pour vivre ensemble. Parce que savoir, c'est également savoir être », fait-il valoir.

Dans son livre, Frédéric Lenoir partage donc les commentaires d'élèves d'Abidjan, Paris et Montréal, recueillis lors des ateliers qu'il y a animés.

« Le plaisir, c'est quelque chose que j'ai envie d'avoir. Le bonheur, c'est une joie partagée avec les autres », a notamment répondu l'Ivoirienne Marie, du haut de ses 10 ans, lorsqu'a été abordée la question sur ce qui est nécessaire pour être heureux.

M. Lenoir présente également des fiches pratiques sur 20 grandes notions (l'amour, l'art, la mort, la violence...) donnant des pistes de réflexion et des références pour les enseignants qui seraient tentés de vivre l'expérience d'un atelier philo dans leur classe.

Pour développer ses ateliers philo, Frédéric Lenoir s'est notamment inspiré de la méthode développée par le Québécois Michel Sasseville, professeur de l'université Laval, qui vise à faire débattre les enfants autour d'un texte.

 « Sa méthode est certes connue, mais elle n'est pas ou que peu diffusée. J'ai cherché à la renouveler à ma manière, en la simplifiant et en la rendant plus concrète. »

Et en préconisant des techniques de méditation visant à créer un climat propice aux échanges.

En laissant les enfants face à eux-mêmes par des exercices de respiration, notamment, «on favorise leur concentration, mais aussi une meilleure écoute de leur part à ce que les autres ont à dire ».-

M. Lenoir a par ailleurs mis sur pied la Fondation SEVE (pour Savoir être et vivre ensemble) visant entre autres à former des animateurs d'ateliers philo, en France, Belgique, ainsi qu'à Montréal et Québec.

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