Jardinier de la tolérance

Éric-Emmanuel Schmitt... (Archives, La Presse)

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Éric-Emmanuel Schmitt

Archives, La Presse

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L'écrivain français Éric-Emmanuel Schmitt raconte une amitié entre un Juif et un Musulman en lui donnant une profondeur toute spirituelle. Avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, il incarne lui-même sur scène cette fable qu'il a écrite en 1999, dans un contexte où le rapport à l'islam était tout autre. Récit d'un best-seller en tournée internationale avec son auteur, fervent défenseur de la tolérance.

Éric-Emmanuel Schmitt est difficile à attraper. «Rappelez dans cinq minutes, je m'occupe de mes valises.» 

En Belgique où il réside désormais, l'auteur, philosophe et acteur doit gérer un programme marathonien depuis cette fin septembre. La Bulgarie, avant Florence la semaine suivante, puis l'Asie, où il a enchaîné les représentations de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. Le Centre des arts Shenkman constitue sa toute première date au Canada, le 16 novembre (la représentation affiche complet), lors d'une tournée automnale presque sans répit jusqu'à Noël.

C'est la rançon d'un immense succès qui porte aussi bien sur sa pièce Le Journal d'Anne Franck, présentée l'an dernier à Ottawa, que sur le Concerto à la mémoire d'un ange (Prix Goncourt pour la nouvelle) et l'ensemble de ses romans au lectorat international, traduits dans une cinquantaine de langues.

En dénominateur commun, un questionnement au long cours sur la spiritualité, et ce vaste corpus de romans, pièces de théâtre et scénarios qui ont fait de lui l'un des auteurs les plus lus de la francophonie. Il a d'ailleurs rejoint cette année le jury du prix Goncourt.

Avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, pièce écrite pour l'acteur Bruno Abraham-Kremer, il aborde l'islam, plus précisément sa variante mystique, le soufisme, « avec sa façon de prier en dansant comme des derviches tourneurs ». Et raconte une amitié lentement apprivoisée entre un adolescent juif, Moïse, et un vieil Arabe qui tient une épicerie, rue Bleue, à Paris.

Voyage initiatique 

« Monsieur Ibrahim, c'est un sage qui va jeter son regard sur cet adolescent violent et perdu, nous résume M. Schmitt. Un échange de regards va bouleverser leurs vies. On aurait tous besoin de la sagesse, de la tendresse et de la bienveillance de M. Ibrahim. »

Nous suivons Momo et Ibrahim, l'un garçon sans foi ni loi, abandonné par son père, l'autre vieux sage musulman en quête de sagesse intérieure, le coeur rivé sur son Coran. D'anecdote en anecdote, se découvre le Paris des prostituées de la rue de Paradis, mais également celui des amitiés fortes, des coups durs, de la solidarité entre voisins et des rêves à accomplir. Un voyage initiatique aboutissant sur l'ouverture à l'autre et l'amour de soi, le seul qui permette de se réconcilier avec ses démons.

 « Quand j'ai écrit la pièce en 1999, le rapport à l'islam en France relevait de l'indifférence. Aujourd'hui, dans un contexte de crispations identitaires, jouer cette pièce signifie lutter pour la tolérance, la bienveillance et l'entente entre les cultures. C'est devenu un acte courageux. » 

Ouverture aux religions

Avec ce texte, Éric-Emmanuel Schmitt signe le deuxième opus de son Cycle de l'invisible, abordant le thème des différentes religions par le biais de six romans. Son dernier ouvrage, L'homme qui voyait à travers les nuages, s'inscrit également dans ce cycle dédié aux mystères de l'univers et à la spiritualité. On y retrouve Momo ou Mohammed, « un Moïse qui aurait mal tourné », frère du terroriste mis en scène dans le roman. 

« J'écris toujours pour comprendre, dit l'auteur. Cette fois, j'ai voulu enquêter sur la violence. Vient-elle des hommes ou des religions ? »

Homme de réflexion, de paroles et de réconciliation, Éric-Emmanuel Schmitt a expliqué son attrait pour la spiritualité dans son précédent livre, La nuit de feu, ou l'histoire d'un jeune philosophe pénétrant dans le Sahara athée et qui en ressortit croyant.

« Il faut bien reconnaître que je suis l'un des rares écrivains non hostiles aux religions. » 

Avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, l'auteur signe une rêverie majeure sur l'humain et son désir de spiritualité en s'autorisant des pointes d'humour.

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