Passion Haïti, de Rodney Saint-Éloi ***1/2

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CRITIQUE / En 2001, Rodney Saint-Éloi réserve un aller simple pour Montréal et quitte Haïti laissant derrière lui une belle situation d'écrivain, journaliste, enseignant et éditeur. Dans Passion Haïti, le fondateur de la maison d'édition montréalaise Mémoire d'encrier remonte à ses origines et aux raisons qui l'ont poussé à partir. «Plus cela se détériorait au pays, plus je sentais ma responsabilité et mon impuissance.»

Récit autobiographique à coeur ouvert composé comme le carnet d'un exilé, Passion Haïti brosse ainsi le portrait d'un enfant du pays qui porte un regard sans concession sur une «société compartimentée, injuste et amère où on est toujours la fille de sa mère et le fils de son père». Désireux d'échapper à «l'élite barbare et répugnante», de trouver son chemin dans un monde bouleversé et de transmettre à ses deux enfants l'ouverture aux autres, il choisit l'exil.

En quelque 200 pages ponctuées de nombreuses citations, l'écrivain éditeur écrit son attachement à ses origines mais aussi son détachement aux racines - «Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines; les hommes pas», écrit-il en citant Amin Malouf. 

Il raconte son enfance lumineuse de «caca-sans-savon», fils élevé par sa mère et sa grand-mère, qui n'a jamais connu son père; évoque les rencontres l'ayant questionné sur son choix d'expatriation - avec telle voisine d'avion, partie étudier au Canada mais déterminée à retourner vivre auprès des siens - ou tel autre ami d'enfance, disparu on sait où et revenu de l'étranger anéanti.

À l'exil géographique choisi, l'auteur substitue le pouvoir de l'exil intérieur; l'errance québécoise chez lui se reconvertit en introspection des labyrinthes intimes: «Paradoxalement, ce sont les premières années montréalaises qui m'ont amené à Haïti. Jamais je n'ai été aussi Haïtien.» Ce sentiment d'attachement identitaire, de nombreux exilés en territoire métropolitain ont sûrement dû l'éprouver.

Ayant mis en mots ses années d'ombre et d'errance, Rodney Saint-Éloi peut ensuite raconter ce temps où il devint auteur. Hommage à Tida, la grand-mère illettrée et aux femmes qui l'ont éduqué, ce roman en clair-obscur réunit autour d'anecdotes l'histoire d'un pays, celle d'un écrivain en quête de vérité et de sens à donner à son départ. À l'arrivée, Passion Haïti révèle surtout la naissance de la langue écrite, chez un homme qui allait en faire son arme.

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