Il était une fois en Abitibi, selon Hamelin

Un lac et la forêt qui le borde. Et, à la base, une femme qui veut s'éloigner... (Spectre Média, René Marquis)

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Spectre Média, René Marquis

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Un lac et la forêt qui le borde. Et, à la base, une femme qui veut s'éloigner du bruit et de la fureur de la ville pour « se désintoxiquer » et se retrouver. En retournant s'installer au Kaganoma, Éva sera toutefois mêlée à une lutte entre un développeur aux ambitions jugées démesurées par un artiste engagé. Il était une fois en Abitibi... un triangle de rêveurs mis en scène par Louis Hamelin.

«Autour d'Éva, c'est l'histoire d'une désillusion, de la perte d'une certaine forme d'innocence pour cette femme qui, a priori, revient au Kaganoma avec le projet de s'isoler dans le chalet de son père afin de ne rien faire pour une année complète», fait valoir l'écrivain.

À l'instar de son chien Grand-Duc, pour qui le Kaganoma équivaut à un immense et nouveau terrain de jeu, Éva débarque au  bord du lac Kaganoma avec le désir de renouer avec une part  oubliée, perdue, d'elle-même. Et, peut-être, de rétablir les ponts avec son père, Stan, directeur et journaliste multifonction (il signe de noms d'emprunt les textes des différentes sections!) de l'hebdo du coin.

Or, Louis Hamelin, qui a notamment milité au sein d'Action boréale lorsqu'il habitait en Abitibi, souhaitait aussi « parler d'un conflit entre développeurs et écologistes », histoire de faire « en filigrane » le bilan environnemental du Parti Québécois « souvent décevant », soutient-il.

Car qui dit Louis Hamelin (La Constellation du lynx, sur la crise d'Octobre), dit un regard teinté d'humour parfois grinçant sur la politique québécoise. Le lecteur ne s'étonnera pas qu'Autour d'Éva grouillent et grenouillent des hommes d'affaires avec plus ou moins de scrupules (dont Lionel Viger, dit le «Lion de l'Abitibi») et des politiciens plus ou moins prêts à tout pour être portés au pouvoir et y rester.

« Depuis quelques années, nous sommes abreuvés d'histoires d'enveloppes brunes. J'avais donc envie, cette fois, de creuser les liens entre la politique et l'argent. »

Ainsi, il a créé Bum Derome, le député un brin idéaliste, qui réalise qu'il faut « des amis bien placés » pour être élus.

De son côté, Lionel Viger incarne à sa manière l'émergence du fameux Québec Inc., l'ascension de cette génération d'hommes d'affaires francophones. 

« Lionel est une bébitte fa­scinante: c'est une véritable dynamo, carburant aux idées de développement. En fait, les hommes d'affaires peuvent être des rêveurs  eux aussi. C'est juste qu'ils n'ont pas les mêmes rêves que moi... »

De par son travail de romancier, Louis Hamelin prend soin de ne pas prendre parti, d'exposer tous les points de vue qui s'affrontent, de mettre en place toutes les forces en présence. Mais l'auteur ne le cache pas: s'il avait à choisir un camp, il serait plutôt de l'équipe Dan Dubois. 

Sous le vernis de l'artiste engagé

Attirant à sa cause (et jusque dans son lit) une Éva fascinée, ledit Dubois est un acteur et cinéaste engagé au charisme quasi magnétique. Il sait d'ailleurs fort bien jouer de cette aura pour capter l'attention des médias, entre autres, quand vient le temps de faire rempart au projet qu'a Viger de construire au Kaganoma des unités de luxe pour touristes en manque de nature sauvage et de silence.

Un croisement entre Richard Desjardins et Roy Dupuis, pourrait-on croire?

« J'ai surtout pensé à Jean-Claude Lauzon, pour l'hydravion, notamment! Le gars de bois qui chasse l'ours au revolver, c'est lui, ça! » lance Louis Hamelin.

Cela dit, il n'hésite pas, par le biais de Dubois et du groupe de citoyens qu'il rallie (qui sera baptisé Autour), à gratter le vernis de l'artiste engagé et des groupes de pression.

« Les artistes peuvent en effet faire du bien, donner de la visibilité à des causes importantes grâce à leur nom, mais il ne faut pas se leurrer non plus: c'est également une façon pour eux de se positionner, d'accumuler du capital symbolique. Ce ne sont pas des saints! »

C'est sans compter que Dan Dubois prend lui aussi goût au pouvoir. Contrôle de l'information, éviction des membres qui n'endossent pas toutes ses positions: l'artiste finit par prendre des allures de véritable despote, voire d'« intégriste ».

« J'ai fait d'Autour [l'association] une sorte de fable sur les dangers du pouvoir, même pour un groupe de pression. Sa dérive vient aussi du fait que ses membres deviennent convaincus de détenir la Vérité...», renchérit Louis Hamelin.

Ce dernier se défend bien d'avoir donné dans le pamphlet. Mais il ne nie pas pour autant avoir délibérément voulu mettre de l'avant cette préoccupation « toujours présente » de la protection du « plus grand territoire sauvage possible ». D'où cette nature omniprésente autour de son héroïne, dont il voulait faire ressortir toute la richesse de sa biodiversité, en faisant entendre la discrète paruline aussi bien que le loup ; en observant l'alevin de grand brochet et la libellule autant que la mouffette ou l'autour, l'oiseau de proie suggéré par le titre.

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