Ceci n'est pas une ville, de Laure Murat ***

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CRITIQUE / Auteure et professeure de littérature à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), Laure Murat est Angeline d'adoption. Toutefois, y résider depuis plus de 10 ans l'autorise à en livrer un portrait aussi précis, franc, sensible et raisonné qu'inattendu.

« Los Angeles est une ville mal bâtie, informe. Los Angeles est une ville moche », écrit-elle tout de go. Mais qu'à cela ne tienne. Laure Murat l'adopte depuis son arrivée car L. A. est aussi la ville d'un fascinant contraste : construite « comme si les bâtiments s'élevaient un peu par hasard, à la va-comme-je-te-pousse, pour remplir des dents creuses », la métropole est à la fois prodigieusement artificielle et profondément humaine.

À tel point que l'auteure, qui débute son récit intime en ne niant pas les clichés associés au culte californien du corps, aux « ploucs à cigares et à gourmettes dorées de Hollywood », ou encore à l'omniprésence de la circulation automobile liée aux distances démultipliées, finit par lui trouver (presque) toutes les qualités du monde.

Envoûtée par la perspective sur l'océan, la lumière cristalline et l'atmosphère ouatée ! Séduite par ses mutations constantes, ses palmiers en mouvement et ses habitants agréablement civilisés ! Ouverte sur le monde, refuge d'une population multiculturelle, Los Angeles devient bien plus qu'une ville sous la plume de Laure Murat, c'est le (nouveau) monde de tous les possibles, facteur de libération des corps (températures agréables) et de l'esprit.

Le thème de l'exil est ici partout sous-jacent, dans ses comparaisons avec Paris, sa ville d'origine, jusqu'au sentiment d'éloignement renforcé par les drames (attentats, notamment). Elle intercale dans son récit des réflexions récentes tirées de son journal de bord comme autant de chemins ouverts dans le dédale d'une ville dépourvue de centre.

Impossible de ne pas penser à Ottawa (ou d'autres métropoles nord-américaines) dans ce surprenant portrait d'une ville aux visages multiples, illustré de façon originale, par petits morceaux, à la façon des mosaïstes. Laure Murat demeure une peintre, à sa façon : l'auteure d'un réjouissant portrait intimiste de Los Angeles, qui est en fait une biographie détournée.

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