Le Petit Abram, de Philippe Simard ***

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CRITIQUE / À 14 ans, Abram vit aux portes du Désert et à des heures de marche de la Montagne où veillent les hommes de l'Armée de Dieu, qui luttent contre l'Ennemi au nom de la vraie Religion. Abram est d'abord et avant tout amoureux de Zaéma. Que ses parents ont toutefois promise à un riche cousin.

Tiraillé entre son admiration pour son oncle Moussa, le respect qu'il voue à ses parents, son désir d'émancipation face à un destin qu'on semble avoir tracé d'avance pour lui et son envie de briser le cercle vicieux de la haine pour aimer au grand jour celle à qui il tient la main sur le chemin de l'école, l'adolescent rêve de tout quitter. Ce, pour mieux revenir avec de l'argent plein les poches et une voiture afin de convaincre tout le monde qu'il mérite d'épouser Zaéma envers et contre tous.

Abram refuse « la vie d'une chèvre au milieu d'un troupeau ». Il ne veut surtout pas « mourir avant d'avoir eu la chance d'essayer, même juste une fois, d'être heureux. »

Il y a quelque chose du conte philosophique, presque de la fable, dans ce premier roman du Gatinois Philippe Simard. Il évoque clairement une région en guerre depuis des lunes, enlisée dans un cycle de vengeance entre deux camps ancrés dans les traditions et leur interprétation des attentes de leur Dieu respectif.

 L'enseignant de français du Cégep de l'Outaouais attribue des prénoms qu'on associe spontanément au Proche-Orient et au continent africain (Abram, Moussa, Slimaan, Hava, Daoud...) tout en entretenant délibérément le flou sur la zone et le Dieu évoqués. Son roman pourrait se dérouler là où Boko Haram ou Daech sévissent, aussi bien qu'en Palestine ou en Israël. 

Il témoigne de la Frontière à atteindre, puis traverser. Il déploie au loin la Mer, tels un espoir de paix et de vacances et un lien vers la France, terre promise d'éducation et d'éventuelles richesses, mais aussi tombeau pour plusieurs migrants fuyant les conflits... 

Écrivant au «je» comme dans un journal intime, Philippe Simard se glisse dans la peau du petit Abram qui, au final, n'aspire qu'à une chose: continuer de croire en la vie, la liberté et l'amour pour avoir la chance de devenir aussi grand qu'il se sent pouvoir être.

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