Auteurs à la rencontre de lecteurs

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«Le 25 septembre, j'achète un livre franco-ontarien» en est à sa deuxième édition. Flirtant autant avec le roman qu'avec la poésie, l'essai, le récit et la jeunesse, la littérature franco-ontarienne s'éclate dans tous ses accents, du nord au sud et d'est en ouest, qu'elle s'enracine dans le passé, s'écrive au passé ou plonge dans le futur, qu'elle soit portée par des auteurs nés ici ou ayant fait de l'Ontario français leur terre d'accueil. Une littérature qui ne demande qu'à trouver ses lecteurs.

Depuis 2010, le 25 septembre est officiellement devenu la Journée des Franco-Ontariens. À la suite d'une idée soumise par l'auteur Michel Dallaire, l'écrivaine Mireille Messier a décidé de greffer une fenêtre visant à mettre en lumière la production littéraire des auteurs et éditeurs francophones répartis aux quatre coins de la province. Sur Facebook, l'an dernier, elle lançait l'initiative «Le 25 septembre, j'achète un livre franco-ontarien».

« En créant l'événement, je voulais mettre de l'avant un moyen positif, tangible et qui ne coûte pas trop cher d'appuyer les auteurs, éditeurs et diffuseurs de chez nous », explique Mme Messier, qui ne cache pas s'être inspirée de la campagne québécoise du même type, qui en était à sa troisième édition le 12 août dernier.

« Tout le monde se plaint que ça va mal, dans le milieu du livre, mais il s'agit là d'un geste concret pour faire connaître notre littérature. Ça relève du même cri du coeur », fait-elle valoir.

Question d'accessibilité

Pour le moment, la campagne du «25 septembre» n'est que virtuelle; on invite les personnes intéressées à se rendre dans l'une ou l'autre des cinq librairies francophones existantes (à elle seule, Ottawa en compte trois) pour acheter un livre, ou à le commander en ligne, le cas  échéant.

« Quand on sait que la vie d'un livre en librairies est de quatre à six semaines, en moyenne, il faut oeuvrer à ce que notre littérature se distingue, qu'elle soit visible, souligne le président de l'Association des auteures et auteurs franco-ontariens, Éric Charlebois. Une initiative comme celle lancée par Mireille, qui braque les projecteurs sur toute la production littéraire de chez nous, ne peut qu'être applaudie et appuyée. Acheter un livre, c'est concrétiser une volonté de s'approprier une culture qui nous ressemble et nous rassemble, dans toutes nos facettes. »

Titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures et les littératures francophones du Canada et professeure titulaire au Département de français de l'Université d'Ottawa, Lucie Hotte abonde.

« Cette campagne permet de faire connaître les auteurs franco-ontariens en les identifiant comme tels, car ils demeurent encore peu ou mal connus », soutient Mme Hotte. 

Cette dernière rappelle aussi que l'événement envoie un autre message au public : celui de l'importance d'acheter des livres.

« Pour exister, un auteur et une littérature doivent être lus. »

À sa première mouture, 300 personnes avaient indiqué sur la page Facebook de l'événement qu'elles y participeraient, et une centaine d'autres s'étaient dites intéressées.

« C'est dur à quantifier, au final, mais Le Coin du livre, à Ottawa, et les Librairies du Centre, celle d'Ottawa comme celle qui était alors encore ouverte à Sudbury, avaient noté un plus grand achalandage de gens réclamant spécifiquement à acheter un livre franco-ontarien, l'an dernier », mentionne avec fierté Mireille Messier.

Or, cette deuxième édition tombe un dimanche, journée où toutes les librairies francophones (exception faite de la Librairie du Soleil à Ottawa) seront fermées.

« C'est évidemment un défi supplémentaire, mais on espère que les gens n'oublieront pas le rendez-vous qui leur est lancé », espère la Torontoise.

Les incontournables de Lucie Hotte

Son coup de coeur: 

Depuis toujours, j'entendais la mer d'Andrée Christensen

Et quatre classiques:

Cogne la caboche

de Gabrielle Poulin

L'Homme invisible

de Patrice Desbiens

L'Écureuil noir

de Daniel Poliquin

Le Chien 

de Jean Marc Dalpé

Lucie Hotte est titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures et les littératures francophones du Canada et professeure titulaire au Département de français de l'Université d'Ottawa. 

***

Dans le cadre du « 25 septembre, j'achète un livre franco-ontarien », LeDroit a convié des auteurs des quatre coins de la province à partager un titre parmi leurs coups de coeur. Voici quelques suggestions à se procurer les yeux fermés.

Marie-Josée Martin propose ... Véronique-Marie Kaye

«Parmi les incontournables que j'aimerais faire découvrir, il y a le roman Marjorie Chalifoux, de Véronique-Marie Kaye (Prise de Parole, 2015). L'histoire commence dans la Basse-Ville d'Ottawa, dans les années 1950. Marjorie tombe amoureuse et se retrouve aussitôt enceinte. Sujet convenu? Ah, mais attendez de voir ce que Véronique-Marie Kaye en fait! Elle nous conduit de surprise en surprise, en mêlant humour et érotisme. Elle divertit, mais avec intelligence. Mme Kaye montre un sens aigu du rythme, dans la phrase comme dans la narration, si bien qu'on referme le livre en se disant: 'Quoi, déjà fini ?' En plus de faire revivre un quartier francophone mythique, ce roman campe un personnage féminin d'une grande force, qui ne craint pas d'enfreindre les tabous dans sa quête d'autonomie et de joie. J'irais jusqu'à dire que Marjorie Chalifoux figure maintenant au palmarès de mes personnages féminins favoris. Le livre a reçu le Prix Trillium 2016. »

Écrivaine, traductrice et réviseure, Marie-Josée Martin est établie à Ottawa depuis plus de 20 ans maintenant. Son deuxième roman, Un jour, ils entendront mes silences (David, 2012), a été couronné de quatre prix, dont le Prix Le Droit - fiction. Elle a aussi contribué au collectif Sur les traces de Champlain (Prise de parole, 2015).

Michel Dallaire propose... Yolande Jimenez

« Parmi les titres qui ont retenu mon attention en 2016, il y a l'excellent recueil de Yolande Jimenez intitulé Cette ville où je déambule, un recueil où la poète nous invite à découvrir les sentiers mnémoniques de ses errances tout en évitant les pièges de la nostalgie. Sa maîtrise de la métaphore nous entraîne dans un mouvement continu entre l'amour, le désir et... ses incertitudes. Grâce à un ton résolument urbain et moderne, Yolande Jimenez nous offre une écriture qu'on ne sent jamais limitée par les contraintes de genre. L'emploi de vers à la facture brève, directe et parfois incisive, confère un rythme particulier au recueil. Plutôt que d'avoir recours aux formules convenues, Yolande Jimenez fait appel à la culture populaire et à des raccourcis surprenants, créant des images inattendues, souvent percutantes ('devant le tribunal/des adultes/sages comme une image/veulent lapider les poètes'). Notons que le recueil est agrémenté de photos où la poète/photographe explore la dynamique du mouvement à un tout autre niveau. Après avoir publié Au sud de tes yeux en 1994, Yolande Jimenez rompt avec brio un trop long silence. Cette ville où je déambule est un recueil à lire, à relire et à partager ! »

Romancier, poète et nouvelliste, Michel Dallaire habite à Sudbury et a publié une vingtaine d'ouvrages et son oeuvre a remporté de nombreux prix. Il a notamment reçu les prix Trillium et Christine-Dumitriu van Saanen en 2015 pour son roman Violoncelle pour lune d'automne (Les Éditions L'Interligne). Cet automne, il lancera deux recueils de poésie.

Jean Mohsen Fahmy propose... Nicole V. Champeau

« Quand j'ai lu Pointe Maligne - L'Infiniment oubliée, dès sa parution en 2009, j'ai été ému, émerveillé, et j'ai saisi immédiatement que j'étais devant une oeuvre majeure, non seulement de la littérature franco-ontarienne, mais de la littérature francophone du Canada. Quelques mois plus tard, le Prix du Gouverneur général, qui couronnait Pointe Maligne, est venu justifier mon enthousiasme. Dans cet essai sur la Présence française dans le Haut Saint-Laurent ontarien (c'est son sous-titre), Nicole Champeau brosse une fresque épique de la colonisation et de la présence françaises sur les rives ontariennes du grand fleuve. Elle ressuscite mille personnages, mille héros, même les anonymes et les obscurs qui trop souvent traversent l'histoire comme des ombres. Mais le coup de maître de Nicole Champeau est d'avoir insufflé à une matière historique, qui aurait pu être aride, un grand souffle poétique, servi par une maîtrise certaine de la langue et une belle sensibilité qui affleure à chaque mot. Pointe Maligne - L'Infiniment oubliée nous enseigne que ceux qui nous ont précédés ont tout donné pour créer, sur les rives ontariennes du Saint-Laurent, une belle culture de langue française, qu'ils ont défendue à tout prix. Leur exemple, leur détermination et leur ténacité nous invitent à les imiter, encore aujourd'hui.»

Égyptien de naissance et Ottavien d'adoption, Jean Mohsen Fahmy joue de sa plume par-delà les frontières. On lui doit notamment Amina et le mamelouk blanc, sur l'expédition de apoléon dans sa terre natale, mais aussi L'Agonie des dieux (Prix Trillium et Prix littéraire LeDroit - Fiction en 2006) et Les Chemins de la liberté, dont le premier des deux tomes a reçu le Prix littéraire France-Acadie en 2014. 

Éric Charlebois propose... Pierre-Raphaël Pelletier

« Qu'est-ce que la beauté? Pierre-Raphaël Pelletier et moi avons souvent, longuement échangé autour de cette question, par le biais de lettres que nous nous envoyions à une certaine époque, même. Il y a quelque chose dans son questionnement et sa façon de trouver des réponses qui a fini par m'obséder, d'ailleurs, au point où Pour ce qui reste de la beauté du monde continue de me marquer, et ce, peu importe la page sur laquelle je tombe quand je l'ouvre... C'est pour ça que ce recueil, empreint d'un désespoir qui trahit encore l'espoir, s'avère incontournable à mes yeux. Il travaille la fuite et la fluidité des corps et de l'esprit dans ses textes. Chez lui, le corps devient fer de lance de toutes les comparaisons, de toutes les métaphores. En outre, quand on connaît l'auteur et l'intensité de ses réflexions, on ne peut s'empêcher de sentir l'écho, le dialogue qui se tisse entre Pour ce qui reste de la beauté du monde [publié en 2005] et La beauté exulte d'être si rebelle qu'il a publié un peu plus de 10 ans après. Car ce qui est beau par-dessus tout, c'est peut-être l'émerveillement encore possible entre les apocalypses que sont les clignements. »

Président de l'Association des auteures et auteurs de l'Ontario français depuis 2014, Éric Xharlebois est à la fois entrepreneur, professeur, traducteur, réviseur et poète. En plus de participer au collectif De l'enfermement à l'envol: rencontres littéraires en 2014, il a publié neuf recueils à titre personnel depuis 2002.

Son premier, Faux-fuyants, ainsi que Centrifuge (2005) ont tous deux été couronnés d'un Prix Trillium.

Mireille Messier propose... Andrée Poulin

« À la découverte de l'Ontario français, c'est l'album jeunesse par excellence, selon moi. Cet abécédaire parle des lieux et des gens de chez nous, grâce à des capsules rigolotes, des jeux et des chansons, par exemple, le tout présenté dans une mise en page dynamique et coloré. Ce livre s'adresse aux jeunes, mais n'a rien de 'scolaire' et d'ennuyant, au contraire. Mais ça ne l'empêche pas d'être un excellent tremplin pour discuter de plusieurs sujets en lien avec l'identité franco-ontarienne, de remettre des faits historiques en contexte de manière simple et vivante. Pourquoi on nous traite parfois de grenouilles (frogs) parce qu'on parle français? Pourquoi c'est important de se rappeler qu'à une certaine époque, il était illégal d'enseigner en français en Ontario, de ne pas tenir pour acquis la place de notre langue dans la province? Cet album permet de faire mieux comprendre toutes ces réalités qui nous tiennent à coeur. Juste pour cette raison, il devrait se retrouver dans toutes nos écoles ! »

Originaire d'Ottawa et établie à Toronto depuis plus de 20 ans, Mireille Messier compte plus d'un titre jeunesse à son actif et ce, qu'elle s'adresse aux tout-petits (Ma branche préférée, Fatima et les voleurs de clémentines...) ou qu'elle écrive pour les lecteurs avides d'aventures (Embrouilles à Embrun, Déclic à Toronto, Coupe et soucoupe à Sudbury, etc.). Elle donne une centaine de présentations scolaires par an dans les écoles françaises et d'immersion, en Ontario et dans le reste du Canada.

La littérature franco-ontarienne en quelques chiffres

1 Association des auteures et auteurs franco-ontariens (AAOF), regroupant entre 175 et 180 membres

5 librairies, desservant une population de plus 600 000 Franco-Ontariens dans la province

8 maisons d'édition réparties sur le territoire: le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques, ou CFORP (Ottawa), les Éditions du Chardon bleu (Plantagenet), David (Ottawa), FORA (Sudbury), du Gref (Toronto), L'Interligne (Ottawa), Prise de parole (Sudbury) et du Vermillon (Ottawa)

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