Yves Beauchemin écrit l'air du temps

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Yves Beauchemin

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Pour Yves Beauchemin, un romancier existe pour raconter de bonnes histoires. « Or, toute histoire s'inscrit dans la vie et dans l'air du temps, qu'il faut savoir humer », soutient-il. On ne s'étonnera donc pas que « l'atmosphère de corruption qui règne sur le Québec » imprègne son plus récent roman, au titre fort évocateur: Les Empocheurs.

Jérôme est dans la jeune vingtaine, diplômé en lettres, plutôt beau garçon... mais malchanceux et plutôt bonne pâte. Coup sur coup, il sera victime de deux arnaques qui chambouleront le cours de son existence. 

La première concerne un panache d'orignal à 62 pointes qui aurait pu lui rapporter une belle somme, mais que lui vole son guide lors d'un séjour à... Maniwaki.

« Cette affaire a bien eu lieu, mais à Matane - et elle vient justement de se régler en cour, en faveur de la victime. J'ai transposé ce bout de l'histoire à Maniwaki, où je suis d'ailleurs allé en repérage, pour bien camper le décor », précise Yves Beauchemin.

La deuxième arnaque, elle, a été vécue par une de ses connaissances qui avait acheté un véhicule à un escroc, lequel « vendait » la même voiture à plus d'une personne à la fois.

Désillusionné, inquiet et frustré par ses mésaventures, ne sachant plus trop quoi faire de sa vie, le « héros » d'Yves Beauchemin fuit à Cuba. 

« Pour la première fois, j'ai travaillé sans plan. J'ai beaucoup aimé la spontanéité que ç'a donné à mon écriture et mon style, soutient l'auteur de 75 ans. Quand Jérôme est parti pour Cuba, je n'avais donc aucune idée de ce qui l'attendait là-bas ! »

rédemption et vengeance

Sur l'île, non seulement Jérôme fait-il la rencontre de la douce Eugénie, mais aussi celle de Félix et de sa mère Francine.

« Du moment où Jérôme vient à la rescousse de Félix et que Francine le remercie d'avoir 'sauvé' son fils, tous les morceaux du roman se sont mis à tomber en place. »

Recruté, pour ne pas dire pris au piège par Francine et son mari Séverin, lobbyiste de son état, Jérôme glisse lentement mais sûrement un doigt, puis un bras dans l'engrenage de la corruption et de la manipulation.

Le jeune homme a beau se dégoûter par moments, il ne s'en trouve pas moins mêlé au savant calcul des dépassements de coûts de la construction d'un nouveau musée, notamment. Pour remplir ses missions, il entre en contact avec divers entrepreneurs, promoteurs, entremetteurs et politiciens. Il se rendra même jusqu'à la chambre d'une ministre croqueuse d'hommes, qui, contre toute attente, pourrait bien tomber pour lui.

Tout ça pendant que son meilleur ami et Eugénie s'inquiètent pour lui...

« L'histoire des Empocheurs, c'est la rédemption de Jérôme, mais une rédemption qui prendra des allures de vengeance... Parce qu'à l'image de plusieurs, il n'est ni tout blanc, ni tout noir, Jérôme ! »  

Sans surprise, Yves Beauchemin confirme que la Commission Charbonneau, « qui a dû être si longtemps réclamée à Jean Charest », a été l'élément déclencheur des Empocheurs.

Son premier ministre québécois fictif, qui s'appelle Jean-Philippe Labrèche, côtoie néanmoins quelques personnalités réelles, tel Alain Gravel (toujours lié à l'émission Enquête dans le roman). 

Des compteurs d'eau convertis en lampadaires

Si Yves Beauchemin ne cache pas s'être « librement inspiré » du scandale des compteurs d'eau à la Ville de Montréal pour peaufiner celui des lampadaires dans son livre, il se défend bien d'offrir ici un roman à clés : « Je n'ai aucun intérêt pour ce genre d'exercice », soutient celui qui compte plutôt Émile Zola et Honoré de Balzac comme idoles.

Ainsi, tout lien entre son personnage de Normande Juneau, nommée ministre de la Culture dans Les Empocheurs, et une certaine Nathalie Normandeau, ou encore entre son Rodolfo Vagra (qui possède un yacht, le Fortune) et un certain Tony Accurso ne serait que fortuit, mentionne-t-il.

« Je n'ai pas cherché à décrire des personnalités, ni de politiciens au pouvoir hier ou toujours en poste aujourd'hui, tient-il à préciser. Je me suis bien gardé de me renseigner sur ces personnes. Je ne sais à peu près rien de la vie personnelle de Mme Normandeau, entre autres, parce que ça m'aurait nui dans la création de mes personnages. »

La fiction, rappelle-t-il, demeure sa façon de «toucher à l'air du temps, tout simplement». 

« Je suis un contemporain de mes lecteurs, et je me nourris de ce que je peux lire dans les journaux, voir à la télé ou entendre à la radio », décrète celui qui n'a jamais caché son attachement à la cause souverainiste.

« Hymne à la jeunesse »

Au final, pour Yves Beauchemin, Les Empocheurs s'avère un roman d'apprentissage, un « hymne à la jeunesse » qu'il « adore » et prend plaisir à observer dans le métro, quand il se déplace à Montréal.

L'écrivain n'a pas plus le goût de se lancer dans sa propre jeunesse pour autant. « Je préfère me lancer dans la jeunesse. J'aime son appétit, sa fraîcheur, sa fougue - qui finissent par se transformer en expérience au fil du temps... En fait, j'échangerais bien mon expérience pour goûter de nouveau à cette énergie... » confie le septuagénaire, d'un ton où perce une pointe de nostalgie.

Il retrouve néanmoins toute sa verdeur pour conclure : « Mais ce n'est pas parce que je suis vieux que je vais commencer à écrire comme un vieux ou sur les vieux ! »

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