Le monde est mon langage, d'Alain Mabanckou ***

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CRITIQUE / À l'heure du grand déversement de la rentrée littéraire et de l'inévitable guerre des prix, la découverte du Monde est mon langage a quelque chose de réjouissant: elle adoucit le climat des lettres à coups d'anecdotes, de conseils littéraires, de références à de grands auteurs et transforme son lecteur en un flâneur nonchalant.

Ici, on picore et savoure, à dose homéopathique et dans une attention flottante, des histoires courtes, des réflexions éclairées sur la littérature africaine, mais pas seulement.

L'auteur Alain Mabanckou, d'origine congolaise et professeur à l'université de Californie, dresse une cartographie sensible de ses influences culturelles. Il évoque son espace intime à travers ses écrivains préférés, ses coups de coeur et rencontres. Voyage aux confins de son imaginaire, entre Pointe-à-Pitre, Buenos Aires, Doula et Pointe-Noire.

Mêlant ses souvenirs à une fine analyse du monde des lettres, Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006, nous livre un autoportrait de son imaginaire plein de fantaisie et de sérieux.

À Paris, on le retrouve endormi sur les bancs de l'auditorium du Louvre où il est venu assister, assommé de fatigue par le décalage horaire, à une conférence de Jean-Marie Le Clézio, auteur qu'il admire. 

Rien ne réjouit plus que les anecdotes personnelles, à la recherche d'un Sony Labou Tansi sur un terrain de soccer, à Brazzaville ou dans l'attente d'un poulet préparé à Montréal par Dany Laferrière. On lira avec émotion le chapitre consacré à Pointe Noire, au Congo, où il a grandi. Il n'y retournera que deux décennies plus tard, pour « retrouver les ombres de mon enfance, les silhouettes à peine tapies dans les cendres des souvenirs qui, à chacun de mes pas, réveillaient cette intranquillité qui précède la gestation d'un livre. » 

On préférera ses expériences intimes, livrées avec la plume gouailleuse qu'on lui connaît, au ton plus professoral parfois employé qui pourrait rebuter les lecteurs non familiers des auteurs mentionnés: Camara Laye, Suzanne Kala-Lobè, Tchicaya U Tam'si, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, pour ne citer qu'eux. Alain Mabanckou convie à son salon littéraire ces passeurs qui ont tissé des liens entre les mondes noirs, antillais et américains. En dépit d'une liste de noms prestigieux, Le monde est mon langage peut parfois lasser, à la manière d'un cours universitaire trop hermétique. 

L'une des singularités de l'aventure, à saluer, reste son approche de la diversité littéraire, réunissant Européens et Africains pour révéler la créativité africaine passée et présente.

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