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À l'abri des hommes et des choses, de Stéphanie Boulay ****

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CRITIQUE / Stéphanie Boulay est une auteure. Une vraie. Du genre qui développe des atmosphères et des paysages dans lesquels on plonge comme dans un court-métrage; qui peuple ces décors de personnages incarnés, au caractère bien trempé et offrant une perception unique de leur monde. Qu'elle signe les textes des chansons du duo qu'elle forme avec sa «brune» frangine ou ce qui s'avère son tout premier roman: À l'abri des hommes et des choses.

Car il y a des effluves de l'univers des soeurs Boulay, dans le parti-pris de Stéphanie d'ancrer l'action de son livre dans un quotidien résolument concret mais vécu dans un environnement un brin surréaliste, à la fois dur et poétique. Son héroïne et narratrice, qui « aime mieux le lait trois point vingt-cinq » et voudrait « manger deux avocats mûrs par jour, merci », grandit dans le bois près d'une rivière qu'elle a la «trouille de peur» de traverser, entre le réconfort de la proximité d'Élène et l'absence d'un homme à la maison. 

C'est Titi qui prend soin d'elle, au meilleur de ce qu'elle est, soit une soeur aussi aimante que dépassée par la responsabilité d'être en charge d'une ado «pas vite vite» et ultra-sensible aux humeurs des autres, encore plus depuis que ses «parties secrètes (...) sont déguisées en costume de femme à perruque ».

Ainsi, pendant que Titi rêve d'amour et de liberté (elle se donne en « spectacle de comédie musicale » quand elle pique une crise, et menace un peu, beaucoup souvent de partir en laissant sa soeur derrière), cette dernière cherche sa place, s'éprend d'un garçon, vit les tourments des petites et grandes trahisons en même temps que les premiers émois du coeur et du corps.

Roman initiatique, À l'abri des hommes et des choses creuse le passage de l'enfance à l'âge adulte par les voix et regard naïfs, drôles, décalés, crus mais aussi d'une rare lucidité d'une jeune femme qui, malgré ses carences en mathématiques et ses habiletés sociales déficientes, comprend bien plus le monde qui l'entoure que d'aucuns veulent le croire. Du moins, ressent-elle ce monde, le perçoit-elle à sa manière, en fonction de ses propres grilles d'analyse et vision des choses. 

Cela donne lieu à des phrases d'une candeur percutante. Par exemple, lorsqu'elle conclut un travail scolaire sur les coureurs des bois, les missionnaires et «autres peaux blanches à fusils»: «Ils ont fait que maintenant, on habite des paysages qui ne sont pas à nous pour de vrai, qui ne sont pas à nous de façon gentille mais plutôt de façon de guerres et de violences». Ou encore quand elle apprend «qu'avec de l'argent, on devient dépensier sur les sous mais assez économe sur la constance du coeur».

Bref, Stéphanie Boulay offre un premier roman à la fois dépaysant et réjouissant. Un roman tour à tour voguant sur des flots d'images fortes et serti dans une forêt de mots dont les entrelacs découpent des zones d'ombre et de lumière (é)mouvantes. Il ne faut donc pas avoir la «trouille de peur» de se mouiller, ni rester à l'orée de cette écriture particulièrement sensible: il faut y entrer jusqu'à en atteindre le coeur et, de la sorte, se laisser (trans)porté dans un monde d'où personne ne ressort totalement à l'abri des saisissants effets de plume de l'auteure.

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