Un esprit curieux dans l'Empire du Milieu

Alexandre Trudeau a publié un livre qui se... (Olivier PontBriand, La Presse)

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Alexandre Trudeau a publié un livre qui se veut un récit de voyage.

Olivier PontBriand, La Presse

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Son père, l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau, a été l'un des Deux innocents en Chine rouge. Quatre décennies plus tard, Alexandre Trudeau s'y est pour sa part rendu tel Un barbare en Chine nouvelle. Barbare parce qu'étranger, le documentariste de 43 ans ne parlant pas couramment le mandarin, ni ne connaissant tous les codes sociaux établis. Mais un barbare animé par la soif d'apprendre pour mieux comprendre de l'intérieur cet Empire du Milieu qui le fascine.

« Je suis obsédé par ma liberté. Il est cependant facile de se sentir libre en Occident, quand la planète entière a été placée sous le joug de nos besoins et ambitions. Cette liberté s'est construite sur des valeurs guerrières, à coups de conquêtes et de colonisation allant de pair avec le culte de l'individu. Or, la Chine, de par sa géographie, a été relativement préservée de tout ça », soutient Alexandre Trudeau, entre deux gorgées de thé.

Calé dans un fauteuil d'un café d'Ottawa, où avait lieu le lancement de son livre, mardi, il enchaîne : « L'Occident n'a jamais bien saisi la notion de limites et la Chine, elle, l'a trop bien cernée... Comprendre la Chine, c'est donc comprendre l'encadrement de la liberté telle que nous la connaissons. Parce qu'il n'y a pas de place pour un barbare épris de sa liberté absolue, dans ce pays. »

Au cours de sa carrière, le quadragénaire est allé sur tous les fronts, de l'ex-Yougoslavie à Bagdad, du Liberia au Congo, pour témoigner de la réalité en zones de crise. Il est toutefois interpellé par la Chine depuis longtemps. Notamment depuis qu'il l'a visitée une première fois avec son père et son frère Justin, en 1990. Et où il est retourné,  principalement entre 2006 et 2008, à une dizaine de reprises. Malgré ses nombreux séjours là-bas, Alexandre Trudeau est conscient de ne pas avoir réponses à toutes ses questions sur ce pays, ni sur son peuple.

« La Chine change trop rapidement pour que quiconque puisse dire en maîtriser toutes les facettes. »

Ce qui ne l'a pas empêché de vouloir en éclairer quelques-unes : le poids des traditions et de l'héritage religieux face à la modernité, l'émergence d'une classe moyenne et d'une forme de capitalisme ; ainsi que les valeurs familiales, le milieu rural, l'économie de manufacture, entre autres. 

Il a rencontré des intellectuels et des artistes (dont Ai Weiwei) comme des paysans et des ouvriers. 

Il a visité des usines automobiles, des petites échoppes, des villages isolés et les mégapoles que sont Shanghai, Beijing et Hong Kong. Il a observé tout et chacun avec attention, entre autres Vivien, son interprète et complice, qui a fait tomber la barrière de la langue pour lui. Tout ça sur fond de contrastes, de dualité, voire de tiraillements, entre hier et demain.

Entre yin et yang

Ses échanges avec Vivien, qui sont partie prenante du livre, incarnent justement le dialogue empreint de respect et sans a priori qu'Alexandre Trudeau a voulu lui-même établir avec la Chine. Celui qu'il souhaite voir s'ouvrir entre l'Occident et ce pays méconnu.

« Viv est une métaphore de la Chine. Elle est l'esprit de son pays. À force de nous côtoyer et de discuter, nous nous sommes apprivoisés. Ce livre, c'est un voyage intérieur et la rencontre de nos deux mondes », fait valoir l'auteur.

Ce dernier a d'ailleurs écrit avec l'image du yin et du yang en tête, avec « cette idée que quand tu vas au bout de quelque chose, tu recommences. Que tu passes de la noirceur à la lumière, mais aussi de l'homme à la femme, dans un cercle où le noir et le blanc se complètent, s'équilibrent », évoque-t-il.

Ainsi, Vivien se fait l'apôtre de la liberté individuelle et du futur, alors que lui se fait délibérément l'avocat de la collectivité et du passé.

« La Chine a rendu la consommation plus facile au monde. Elle est devenue un gros joueur sur le plan économique. Ce qui lui manque le plus, c'est un langage pour exprimer son évolution politique. Il y a encore beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir parler de démocratie, en Chine... Mais pour la première fois, ces gens, pour qui l'idée de posséder quelque chose n'était même pas possible jusqu'à encore récemment, ont le luxe de se demander qui ils sont est et ce qu'ils veulent ! »

Trudeau, de père en frère

Si Alexandre Trudeau est retourné en Chine une première fois, en 2005, c'était parce que le livre de son père, initialement paru en 1961, y était traduit en chinois.

Le documentariste a alors été convié à Shanghai, pour le lancement du bouquin que Pierre Elliott Trudeau avait coécrit avec son ami Jacques Hébert.

Deux ans plus tard, Deux innocents en Chine rouge était réédité au Québec. Le fils a cette fois été invité à en signer l'introduction et la conclusion, à partir de son premier séjour dans l'Empire du Milieu en 2006. Des textes qui sont devenus une sorte de prémisse à Un barbare en Chine nouvelle.

Coïncidence ou non, son titre est publié alors que son frère Justin rentre justement de son premier voyage officiel en Chine à titre de premier ministre. Son cadet lui a-t-il donné le moindre conseil avant que l'aîné du clan ne s'y rende ?

« Je lui ai remis mon livre, dont il m'a dit avoir apprécié la lecture. Je ne fais toutefois pas partie de ses conseillers et mon livre n'a pas de visées politiques. Il s'inscrit plutôt dans une démarche vraiment personnelle et philosophique. À lui d'y puiser ce qu'il voudra », déclare Alexandre Trudeau.

Pas question pour lui de « mêler » son frère à ses « affaires », et vice-versa.

« Je ne prétendrai jamais chercher à m'immiscer dans sa vie professionnelle, parce qu'à l'inverse, je n'accepterais pas qu'il s'ingère dans la mienne, renchérit le principal intéressé. Notre relation est demeurée la même et s'inscrit dans une dynamique de deux frères qui ont aujourd'hui des enfants et se retrouvent pour jouer avec eux. Justin et moi avons besoin de cet espace qui n'appartient qu'à nous. »

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