Écrire par devoir de curiosité

Francine Ouellette... (Michel Paquet, courtoisie)

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Francine Ouellette

Michel Paquet, courtoisie

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Des patriotes contraints à l'exil, d'autres voués à l'excommunication. L'émergence de Kitigan Zibi avec la conversion des Premiers Peuples de la région. Un pays que Papineau aspire à annexer aux États-Unis. Un Institut canadien, première bibliothèque de Montréal, d'où se propagent des idées libérales qui seront bientôt mises à l'index. L'Église qui, loin de se séparer de l'État, s'arroge de plus en plus de pouvoir, notamment en éducation. Et une fillette venue d'Irlande, dont la chevelure et le tempérament de feu feront fondre le coeur de Guillaume Vaillant, le Patriote errant du titre.

Au lendemain de la Rébellion de 1837, les personnages fictifs et historiques que Francine Ouellette met en scène dans le cinquième tome de sa foisonnante saga Feu chantent moins qu'ils ne dégrisent. 

Les uns apprendront qu'on leur a menti avant la bataille de Saint-Eustache, lieu d'une débâcle sanglante (et inutile ?), et lutteront pour faire ériger un monument à la mémoire de leurs héros. 

Les autres changeront leur fusil d'épaule pour éviter d'être mis au ban de leur communauté, voire trouveront réconfort dans le giron de l'Église.

« Pourtant, dès les décennies suivantes, on sent que la saison de la Grande Noirceur s'annonce, renchérit l'écrivaine. Et j'avais besoin de connaître et comprendre pourquoi on avait connu cette Grande Noirceur. Comment on avait pu ensuite arriver à une Révolution tranquille, aussi. »

Francine Ouellette n'écrit donc pas tant par devoir de mémoire que mue par un devoir de curiosité. C'est cette curiosité qui la guide dans ses recherches, puis dans ce que chacun de ses personnages incarnera comme visions, réalités et vérités de l'Histoire qu'elle souhaite faire vivre aux lecteurs. 

Ce nouveau volet de Feu - qui se lit indépendamment des quatre premiers - s'articule autour de deux des articles de la Déclaration de la République canadienne telle qu'écrite par Robert Nelson en 1837.

« Les Sauvages cesseront d'être sujets à aucune disqualification civile quelconque, et jouiront des mêmes droits que les autres citoyens de l'État du Bas-Canada », stipule l'article 3.

« Toute union entre l'Église et l'État est déclarée abolie, et toute personne a le droit d'exercer librement la religion et la croyance que lui dicte sa conscience », fait valoir le quatrième.

« C'était un texte très visionnaire et c'est pour ça que la plupart des patriotes se sont battus, à l'époque, pas pour la religion catholique et la langue française comme on continue de le prétendre ! lance Francine Ouellette. Si seulement on avait pu le mettre en application... Mais après la défaite des Patriotes, l'Église a pris le pouvoir et les autochtones sont tombés en disgrâce... »

Du coup, après s'être promis de s'aimer envers et contre tous, Guillaume et Marguerite sont séparés. 

Par la force des choses, d'abord, le jeune homme de 17 ans devant se cacher au sein du clan de Makazotc, dans le Wabassee (la Haute-Lièvre), après la bataille de Saint-Eustache. 

Par celle de leurs convictions profondes, ensuite. Car si Guillaume ne peut renier ni la cause ni ses idéaux, pas plus que ses camarades tombés au combat, Marguerite, elle, reconnaît s'être « égarée » du droit chemin en appuyant le mouvement patriote. Au point de prendre le voile.

En fait, chacun des membres de la galerie de personnages « s'adapte à sa manière à la montée du clergé », souligne l'auteure, dont le roman couvre quatre décennies plus ou moins bien connues de notre histoire.

Francine Ouellette lève ainsi le voile sur le désir d'annexion aux États-Unis de Papineau ; sur la querelle intestine entre lui et le médecin Wolfred Nelson qui divisera longtemps les Patriotes survivants ; sur les seigneuries (incluant Montebello) qui ne sont toujours pas abolies. « Ce n'avait nullement été l'intention de Papineau de le faire, soit dit en passant », rappelle l'auteure.

Elle relate la fondation de Kitigan Zibi, en Haute-Gatineau, ainsi que la « première crise d'Oka », culminant le 15 juin 1877, alors que des autochtones incendient l'église qui y est érigée. « Au fur et à mesure qu'on a eu moins besoin d'eux pour les fourrures, qu'on s'est mis à arpenter les forêts pour y couper du bois, ils ont été déposés de tout : leurs territoires, leur culture, leurs croyances... Ils se sont retrouvés dans une impasse », évoque Mme Ouellette.

Cette dernière traite aussi de l'Institut canadien, mis sur pied par d'anciens patriotes et dont Victor Hugo était membre externe. C'est là que Guillaume emprunte les livres (les Fables de La Fontaine, entre autres) et les mappemondes qu'il lit et examine avec ses neveux et nièces, et ceux qui alimentent ses réflexions sur la gouvernance et le pouvoir (comme Le Prince de Machiavel). 

« En excommuniant les membres de l'Institut, le clergé a tout simplement tué ce lieu d'échanges et de partage de connaissances et d'opinions », regrette l'auteure.

Une surprise nommée Jane

Certes, Francine Ouellette est allée de découvertes en surprises au cours de ses quatre années de recherches pour documenter son roman. C'est toutefois une fillette de huit ans fuyant une Irlande minée par la famine qui l'aura étonnée le plus pendant l'écriture du Patriote errant

La petite Jane, que Guillaume sauvera de la mort, donne l'occasion à l'auteure de parler de la présence des Irlandais à Montréal, à Buckingham et sur les chantiers dans la région de Bytown, notamment. 

« Jane m'a vraiment surprise par la force de son caractère. Et puis, il y a le fait qu'elle aussi, c'est une déracinée. Comme Guillaume, justement, qui ne sait plus où il est à sa place. »

L'amour total qui naît entre ces deux êtres en quête de nouvelles racines l'a également déstabilisée. « J'éprouvais une forme de pudeur face à leur relation. Mais j'ai fini par comprendre que ce qui les lie l'un à l'autre ne pouvait se vivre autrement qu'en évoluant et en s'enracinant dans le Wabassee. »

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