Pour ne jamais (s')oublier

L'auteure Mélissa Verreault vient de publier la suite... (Crédit: Francesco Gualdi)

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L'auteure Mélissa Verreault vient de publier la suite de L'Angoisse du poisson rouge, un livre intitulé Les Voies de la disparition.

Crédit: Francesco Gualdi

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Après L'Angoisse du poisson rouge, Mélissa Verreault a eu l'irrépressible envie de « connaître la suite de l'histoire d'amour » de Manue et Fabio. Ainsi, dans Les Voies de la disparition, elle entremêle les hauts et les bas d'un couple cherchant désespérément à avoir un enfant à la trame d'un attentat à la bombe survenu le 2 août 1980, en Italie: la strage de Bologna (le massacre de Bologne). Entrevue sur fond de terrorisme intérieur, de culpabilisation et de culpabilité, de secrets de famille, de mémoire et des 1001 manières de (se faire) disparaître.

« C'était la première fois que ça m'arrivait, d'éprouver un sentiment que je n'en avais pas terminé avec mes personnages », raconte Mélissa Verreault, jointe par Skype en Italie.

La rencontre est virtuelle et, surtout, fort à propos: la Québécoise est en vacances avec « son » Fabio (qui se prénomme Francesco, dans la vraie vie de l'auteure) et leurs triplettes de quatre ans à Carpi, non loin de Bologne. 

Carpi d'où vient Claudio, l'oncle « totalement fictif » de Fabio, qui conduit un couple d'amis à la gare de Bologne, le 2 août 1980. Sans pouvoir se douter que tous deux y périront lorsqu'une bombe explosera sur le coup de 10 h 25, ce matin-là. À l'instar de 86 autres femmes (dont Viviana, enceinte), hommes et enfants, dont l'auteure a pu retracer les trajectoires filantes grâce au site Internet créé par les familles des victimes.

Construire la vérité

« Le terrorisme, ce n'est rien de nouveau. Il a juste évolué, s'est étendu hors des frontières, déplore la trentenaire à l'écran. Mes recherches sur le massacre de Bologne m'ont amenée à réfléchir sur la vérité et les théories du complot qui circulent chaque fois qu'un tel attentat survient. Or, la vérité est une construction, qui se bâtit sur des faits, mais aussi sur leur interprétation. D'où la peur et la rage que l'on ressent, souvent, parce qu'on ne saisit jamais totalement les choses... »

D'ailleurs, plus de 35 ans après les tristes événements de Bologne, personne ne sait encore ce qui s'y est vraiment passé, précise-t-elle. Et ce, malgré le fait qu'on ait arrêté et jugé coupables Francesca Mambro et Valerio Fioravanti, les fondateurs à l'époque d'un groupe d'extrême-droite, les Nuclei Armati Rivoluzionari.

«On a mis deux personnes en prison, mais est-ce que ça veut dire que justice a été rendue pour autant? soulève Mélissa Verreault. Mambro et Fioravanti ont avoué avoir tué, commis des vols à main armée, etc. Mais ils ont toujours nié être responsables della strage de Bologna...»

Par-delà l'acte terroriste, elle avait envie de continuer à raconter la « vraie » Italie, la « souffrance » de son peuple et ses « désillusions » face à la classe politique et au potentiel mal utilisé du pays. Bref, cette Italie qu'elle a découverte en mariant Francesco et en y séjournant régulièrement.

« À quoi tenait la rage de Fioravanti et Mambro ? Quel a été leur point de bascule ? Chacun trouve ses propres réponses à son 'vide' de sens. »

Mélissa Verreault avoue avoir craint que les gens pensent qu'elle prenait parti pour le couple ou tentait de justifier ses gestes. 

« Ce sont les parcours de vie qui m'intéressent. Parce qu'on naît dans un contexte et qu'on réagit à notre époque », rappelle celle qui a commencé l'écriture de toute cette partie des Voies de la disparation avant même l'attaque à Charlie Hebdo, en janvier 2015.

Autosabotage amoureux

Encore fallait-il parvenir à imbriquer ce pan de l'Histoire italienne à l'histoire d'amour d'aujourd'hui, entre Manue et Fabio. Dont les désirs d'avoir un enfant prennent des airs de drame, Manue accumulant les fausses couches et remettant en cause sa relation avec Fabio. Au point où son héroïne provoque des crises et envisage de laisser son mari, voire de le tromper.

Du coup, la strage de Bologna, acte terroriste intérieur, a fini par renvoyer aux actes de sabotage amoureux de son personnage. 

« On a souvent le réflexe de rejeter la faute sur l'autre, quand les choses ne se déroulent pas comme on le voudrait. Chez Manue, cette propension est multipliée par 1000 ! » lance en riant Mélissa Verreault.  

Elle admet du même souffle : «Elle est insupportable, Manue! Je la déteste - comme bien des lecteurs, d'ailleurs. Mais si nous la haïssons tous autant, c'est parce qu'elle touche forcément à quelque chose en nous ! »

Car l'auteure a puisé dans ses propres secrets de famille (le Jacques Cartier du roman, c'est bel et bien son arrière-grand-père), mais aussi dans ses angoisses les plus intimes pour traiter de fidélité amoureuse, de peur de mourir et d'oublier (Simone, la grand-mère de Manue est atteinte - comme la sienne - d'Alzheimer; Claudio élève des chevaux menacés d'extinction). 

Sans omettre la peur de disparaître tantôt en continuant de vivre dans la culpabilité, tantôt sans avoir donné naissance à une nouvelle branche de son arbre généalogique.

« Ç'a été le roman le plus difficile à écrire. D'abord, parce que j'avais l'impression de mettre mes tripes sur la table, même si Manue n'est pas moi ! Ensuite, parce que ç'a pris du temps avant que je sente les liens se tisser entre les deux histoires. »

Elle a d'ailleurs dû, à un certain moment, morceler « physiquement » son texte et l'imprimer. « Il y avait des feuilles volantes partout autour de moi...» se souvient Mélissa Verreault en souriant. 

Lentement mais sûrement, elles ont toutes trouvé leur place. Jusqu'au point final de l'histoire de Manue et Fabio. « Je suis maintenant appelée ailleurs qu'en Italie », confirme l'auteure, sans toutefois en révéler plus sur son prochain projet d'écriture.

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