Les monts et les démons de la Corse

Il y a dix ans, Michel Bussi peinait à trouver un éditeur pour son premier... (Archives, La Presse)

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Il y a dix ans, Michel Bussi peinait à trouver un éditeur pour son premier roman, tiré à 500 exemplaires. Aujourd'hui, sa plume s'envole sur le marché du livre : avec plus d'un million de titres vendus, l'auteur français talonne les indétrônables Guillaume Musso et Marc Levy. En une décennie, il s'est imposé comme l'un des écrivains de polars les plus lus. Son dernier best-sellerLe temps est assassin, qui caracole dans les palmarès en France, vient tout juste de sortir au Québec. Portrait du nouveau maître de vos nuits blanches, en visite à Montréal pour la promotion de son livre.

« Jamais je n'aurais pu imaginer être ainsi en tête des ventes. C'est comme si une jeune fille de 15 ans rencontrait un milliardaire qui l'emmenait au bout de monde », sourit l'écrivain, qui reste modeste: « C'est une sorte de petit miracle très étrange. » Un rêve qui datait de Mathusalem, se souvient-il, auquel il s'est accroché avant de devenir un romancier comblé. 

Au fond, il n'y a pas de mystère au succès, reconnaît l'auteur, aussi professeur de géographie et chercheur : « les gens aiment les intrigues bien ficelées ; ils ont envie qu'on leur raconte une histoire sans fard, analyse-t-il. Mes lecteurs aiment le suspense, les sujets qui traitent de l'amour, de filiation, quelque chose de mélancolique et de sentimental, j'essaie donc de trouver des histoires qui me permettent de développer les deux : des intrigues psychologiques avec une dimension à suspense. »

Cet exceptionnel conteur joue sur les nerfs de ses lecteurs, multiplie les rebondissements, les niveaux de narration dans un maelstrom d'invraisemblances à dénouer. Seule survivante d'un accident de voiture, Clotilde retourne sur les lieux en Corse, où, 27 ans plus tôt, elle y a perdu ses parents et son frère. En phase de deuil de cette tragédie, elle reçoit soudain des lettres de sa mère qu'elle croyait décédée. 

Le décor et son envers

Ce retour au pays de ses ancêtres se double d'une quête de reconstitution d'un passé de plus en plus trouble. Avec un peu d'imagination, on pourrait même déceler quelques ressemblances entre Clotilde, l'héroïne - que l'on rencontre ado rebelle au temps de l'accident, dans les années 1980 puis mère de famille - et l'écrivain lui-même. L'homme connaît bien son décor. «Moi aussi, j'ai eu un grand-père corse», raconte Michel Bussi, qui passe régulièrement ses vacances sur l'île depuis une trentaine d'années.  

Le temps est assassin a les contours d'une carte postale pour amateurs de paysages paradisiaques, avec ses plages sauvages, ses routes en lacis à flanc de falaises, ses chants polyphoniques et ses bergeries pittoresques. Carte qui pourrait du même coup illustrer l'ambition du roman : présenter un décor de rêve et son envers. «L'avantage du romancier, c'est de pouvoir donner la parole à des opinions différentes. Entre mon propriétaire de camping, le patriarche de la famille et Clotilde, plusieurs visions de la Corse peuvent s'affronter», explique l'écrivain. Certains se lamentent parce que la région vivote et qu'elle pourrait être beaucoup plus ouverte au tourisme, d'autres prônent un partage des terres entre Corses, «ce qui pose la question du statut de résident», évoque Michel Bussi, en référence à la proposition de l'Assemblée de Corse de limiter le droit de devenir propriétaire aux résidents de plus de cinq ans. 

« On voit la richesse potentielle, les magouilles potentielles, parce que l'immobilier génère beaucoup d'argent. » Bref, le terreau tout désigné pour un polar dressant le portrait d'individus face à leurs démons, en quête d'argent, de pouvoir, de revanche sociale ou familiale.

Le temps est assassin, de Michel Bussi ****

Une carte postale en guise de couverture : mer émeraude, sable fin et parasol couleur...rouge sang. On plonge avec délice dans le dernier polar de Michel Bussi, Le temps est assassin, fort adroitement campé dans un paysage aride de Haute-Corse. 

L'auteur y confirme un vrai sens du cadre. Les codes du roman noir sont là : une rescapée d'un accident de la route revient sur le lieu de la tragédie, 27 ans après avoir été la seule survivante d'un accident automobile. Le décor est planté : une victime persuadée que l'accident était un sabotage, son mari et sa fille ne la comprenant pas, sa famille corse qu'elle retrouve des années après le drame. 

La course-vérité prend un vernis social sur cette Corse peu encline à respecter la loi des hommes, tiraillée entre les appétits fonciers des uns, les prétextes environnementaux pour faire exploser un projet immobilier concurrent et les codes claniques que l'héroïne finira par découvrir.      

Ceux qui parlent sont surtout les amis d'enfance restés sur l'île et c'est cet attachement aux souvenirs de jeunesse que Michel Bussi décrit si bien dans ce polar qui fait se croiser mélancolie et crimes de sang, fidélité aux traditions et absence de morale. Les jolis souvenirs de vacances en Corse - ivresses adolescentes, libération des corps, premiers amours - se doublent d'un arrière-plan plus critique sur le tourisme de l'île. 

Avec l'expérience du vacancier que l'on devine, l'auteur n'épargne pas certaines figures grotesques : le propriétaire du camping, imbu de sa personne et peu scrupuleux, par exemple, ou ses enfants-rois insupportables « petits cons » méprisants à l'égard des employés. Heureusement que l'épouse Anika (d'origine étrangère) est là pour accueillir chaleureusement les touristes...           

Si Le temps est assassin pèche parfois par un scénario un peu tiré par les cheveux, ce roman trépidant n'en retient pas moins les qualités nécessaires à un polar de haute tenue : ambiance sombre sous le soleil de Méditerranée, suspense à gogo, sans oublier une famille « corsetée » à souhait et hantée par ses fantômes. Bref, le partenaire de lecture idéal pour étirer le sentiment d'être encore en vacances.

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