Le grand marin: l'Alaska en plein coeur ****

Le DroitMaud Cucchi 4/5

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CRITIQUE / L'appel du large, des grands espaces...de l'Alaska! Lili a bien choisi le bateau sur lequel embarquer à Kodiak: le Rebel. Pas pour une croisière de farniente, oh non, pour être embauchée parmi les pêcheurs de morue noire. À la dure, sans traitement de faveur, avec tous les (mauvais) égards dus aux novices.

Dans ce port de pêche reculé de tout, la petite frenchie intrigue. Surtout qu'elle n'a pas ses papiers d'immigration en règle. Que veut-elle? Pourquoi a-t-elle choisi ce trou perdu d'Alaska? Ce métier d'hommes éreintant?

Dans Le grand marin, Catherine Poulain tutoie déjà les sommets avec ce premier roman impressionnant de maîtrise et d'émotion, un récit de voyage mâtiné d'autobiographie, où les choses vues voisinent avec la pensée philosophique et la poésie. L'auteure s'inspire de dix années passées à pêcher en Alaska, de ces villages désoeuvrés où pauvreté rime avec alcoolisme, où les femmes sont serveuses dans les bars et prostituées plutôt que matelot. Écrit avec une belle sensibilité, Le grand marin offre un regard admiratif sur la pêche, métier rude dominé par le dépassement du soi.   

Baroudeuse invétérée, Lili se trouve vite à l'étroit dans le confort traditionnel d'une maison. L'appel du large se fait ressentir, et avec, cette irrépressible envie de liberté. À bord du Rebel, l'apprentie doit se soumettre à une sorte de passage initiatique qui lui permettra de nourrir ses descriptions romanesques et affirmer ses connaissances personnelles de la mer, avec précision: «Je change le baquet au plus vite quand une palangre est remontée à bord, la dénoue de la suivante, charrie le plein à l'autre bout du pont.» Avant de recommencer encore et encore sous les cris de l'équipage, accusant la fatigue des nuits trop courtes et la douleur du corps endolori. 

Catherine Poulain raconte avec brio ce monde de durs à cuire, de marins qui luttent pour leur survie dans des conditions extrêmes. «Le challenge, aller au bout, mourir ou survivre», écrit-elle. En bout de ligne: l'expérience d'une vie comme survie, à la poursuite d'une intangible beauté. Magnifique.

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Le Grand marin, de Catherine Poulain

L'Olivier,  376 pages

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