Riquet à la houppe: platitude sans fond *

Le DroitMaud Cucchi 1/5

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CRITIQUE / C'est le marronnier littéraire de l'été, celui que l'on attend avec impatience, un privilège de critique littéraire, en somme: les épreuves non-corrigées du dernier Amélie Nothomb, avant parution. Aussitôt réceptionnées, aussitôt dévorées.

Cette fois-ci, il a bien fallu s'y prendre à cinq reprises pour parvenir à bout de ce Riquet à la houppe, 198 pages gros caractères, deux petits récits entrelacés sans enjeu ni style folichon, où la fantaisie de bon aloi le dispute à l'insignifiant sans réelle volonté de vaincre, où le cliché s'étale, empeste la lecture, tel justement «le plus beau des cacas» de Déodat, personnage disgracieux du roman.  

Amélie Nothomb retrace le destin moderne de deux personnages que tout oppose en s'inspirant du conte popularisé par Charles Perrault: un enfant né difforme et laid mais exceptionnellement intelligent, et une jeune fille à la beauté sidérante mais dotée d'une sottise incurable. Le premier effraie tout le monde depuis le berceau mais s'en accommode parfaitement, La seconde n'est pas mieux placée: elle suscite haines et jalousies. Les deux doivent composer avec les brimades des camarades de classes.  Heureusement, ils finiront par se rencontrer dans les coulisses d'une émission de télévision, satire de l'univers pervers des talk-shows télévisuels qui offre certainement les pages les plus intéressantes du roman. Quant aux relations de couple, les propos tombent dans les pires platitudes dignes des magazines roses du genre «Quand un humain vient de souffrir d'un grave chagrin d'amour, soit il demeure célibataire très longtemps, soit il se marie aussitôt.» Soit. 

Trop souvent, sa plume se casse sur la surface du prosaïsme, à l'image (douteuse) de ces dialogues de cour de récréation épaissis d'expressions fastidieuses telles «mec!» et «Elle est bonne?» ('fourrable', NDLR).  On préfère quand l'auteure aborde la sophistication de l'image poétique, l'extravagance des choses plutôt que leur insignifiance ordinaire, quand, par l'écriture, elle tente d'atteindre leur mystère et, si elles en sont dépourvues, de les sublimer afin de les rendre moins ennuyeuses et prosaïques.

Après tout, rien ne nous oblige à embrasser toute cette platitude qui s'étend jusqu'à la dernière page.

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Riquet à la houppe, d'Amélie Nothomb

Albin Michel, 198 pages

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