Condor, de Caryl Férey ****

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CRITIQUE / Le Français Caryl Férey manie avec une redoutable efficacité le sens de l'intrigue et celui du voyage, tant dans le temps que l'espace. Et il sait indéniablement entrelacer les failles et forces de ses personnages à travers les mailles de l'Histoire. Il l'a déjà prouvé avec ses précédents titres, qui ont tour à tour plongé ses lecteurs dans la culture maorie de la Nouvelle-Zélande (Haka et Utu) et dans l'histoire de l'Afrique du Sud (Zulu) ou des Mapuches d'Argentine.

Avec Condor, il propose une fascinante (et haletante, et sanglante) virée au Chili, entraînant ses héros - et les lecteurs - des quartiers chic et bas-fonds de Santiago jusqu'aux plateaux arides de l'Atacama. Des années 70 à maintenant, aussi.

Entre Gabriela et Esteban, c'est le coup de foudre. Elle est vidéaste et porteuse du troublant mysticisme de ses ancêtres mapuches. Il est avocat et fils d'une très puissante famille qu'il cherche à fuir en défendant des causes perdues. Elle documente les fléaux occasionnés par le trafic de drogues dans un coin pauvre de la ville. Les victimes (dont un prêtre pourtant aimé de tous) s'accumulent. Esteban décide de prendre faits et causes dans l'affaire. 

La rencontre entre ces deux êtres aussi engagés qu'enragés devient dès lors le point de jonction entre hier et aujourd'hui. Entre Histoire et fiction, incarnées toutes deux par ses personnages. Entre les exactions de Pinochet et la corruption reçue en héritage. Entre la liberté d'expression réprimée et l'exploitation de sites pourtant présumément protégés de la gourmandise capitaliste. 

Entre les songes de Gabriela et les fantômes d'Esteban.

Par-delà l'aspect suspense rondement mené, Condor donne surtout l'occasion à Caryl Férey d'immerger le lecteur dans un Chili à mille lieues des cartes postales.

Son roman goûte la poussière du désert et la minéralité du sang, s'imprègne de la moiteur des peaux, de l'odeur iodée de la mer, voire des relents d'urine des ruelles mal famées. Le Français y fait souffler les grands vents de l'espoir, emporté par les parfois très cruelles vérité et réalité.

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