La sagesse de l'argent, de Pascal Bruckner ***1/2

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CRITIQUE / «Tout en n'ayant que mépris pour tout l'empire de la fortune, si j'ai le choix, j'en prendrai ce qu'elle peut m'offrir de meilleur.» La singulière relation à l'argent est soulignée dans cet exergue tiré de Sénèque: Pascal Bruckner décortique avec justesse notre passion/répulsion de l'argent tout en relativisant son importance. «Il n'est qu'un tout petit département des passions humaines», analyse-t-il dans un chapitre audacieusement intitulé L'impuissance du marché.

Petit département, soit, mais assez puissant pour que le philosophe, romancier et essayiste lui consacre son dernier ouvrage, La sagesse de l'argent

Encore une fois, l'auteur parvient à démanteler la tentation manichéenne et monotone du débat. Son angle d'attaque est pluriel et passionnant: l'argent et les religions, l'argent comme signe de liberté conquise dans certains pays (États-Unis), tabou dans d'autres (la France), l'argent transformé en traducteur général, en somme, puisqu'«on peut tout exprimer dans son langage même si tout ne se réduit pas à lui».

Si l'auteur commence par rappeler quelques faits historiques en exposant les mentalités des différentes églises par rapport à l'argent, ce n'est que pour mieux révéler la pluralité des usages prônés: tout est commerce avec Dieu, qui réclame son dû à combler par des offrandes pour l'au-delà dans une vie qui doit être indifférente aux biens terrestres (catholicisme), tandis que la doctrine calviniste ouvre la voie de la valorisation du labeur et de l'acquisition des richesses. 

Contre la tendance générale à la sacralisation ou au rejet épidermique, Pascal Bruckner défend une attitude mesurée: «La sagesse consiste à le désacraliser, à ne pas l'aimer ou le détester plus de raison. Il reste un ami tant que nous ne le transformons pas en adversaire, par notre seule faute

En d'autres termes, il s'agit moins de se positionner contre le capitalisme que de se tenir à côté. 

Jouant ainsi l'oblique contre le frontal, l'essai laisse transparaître quelques lueurs d'espoir face à l'inégale répartitions des biens. Il valorise le partage intelligent des fortunes mais stigmatise les travers d'une philanthropie bien-pensante et «à la carte», rarement dénuée d'intérêt. Comment de pas penser alors à la sélection d'une poignée de réfugiés syriens parrainés par le Canada?  

Sur des sujets fondamentaux - l'argent, le bonheur - Pascal Bruckner n'hésite jamais à s'appuyer sur une solide expertise doublée d'une brillante réflexion pour faire descendre son lecteur dans l'arène de l'actualité et y remuer les passions.

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