De mémoire et d'avenir

L'auteure Chrystine Brouillet... (Archives, La Presse)

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L'auteure Chrystine Brouillet

Archives, La Presse

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Qu'ont en commun une femme étranglée dans un parc de Québec, le fils devenu peintre d'un membre du Ku Klux Klan, un ancien policier à la retraite, un jeune homme accusé de meurtre 15 ans plus tôt et le propriétaire d'une résidence pour personnes âgées? Tous sont plus ou moins mêlés à la plus récente intrigue que Maud Graham doit dénouer dans Vrai ou faux.

Une enquête au cours de laquelle Chrystine Brouillet a voulu plonger son héroïne dans le «désarroi professionnel» face à la maladie, la vieillesse et la mémoire défaillante.

«J'ai toujours trouvé que, de par leur fragilité, les personnes âgées faisaient des victimes intéressantes pour un polar. Et comme Maud a maintenant 50 ans, il est normal qu'elle se questionne sur ce qui attend ses propres parents, comme n'importe quelle personne de son âge», mentionne l'écrivaine, qui a elle-même perdu son père et sa mère au cours des trois dernières années.

«Ce n'est pas une réalité agréable, renchérit Mme Brouillet, mais la vieillesse n'est pas que sombre non plus!»

Il n'est dès lors pas étonnant qu'elle mette le talent de Karl Lemay au service de la beauté, dans ses colorés tableaux et dessins. Ni qu'elle fasse de la belle-mère de son ami Rouaix, Aline Poirier, une dame à l'esprit encore bien vif malgré ses jambes fatiguées.

La mort de Lydia Francoeur, dont le corps est retrouvé au Bois-de-Coulonge, viendra toutefois mettre tout le petit monde de la résidence des Cèdres sens dessus dessous. La secrétaire y était très appréciée, tant par les membres du personnel que les personnes âgées y vivant. Or, Maud et son équipe devront les interroger s'ils veulent faire la lumière sur ce meurtre. Confrontés à des hommes et des femmes à la mémoire parfois plus fragile, voire chancelante, que les corps, «ils ne pourront pas enquêter comme d'habitude».

«Maud sera obligée d'être plus patiente. Si elle est habituellement capable de savoir qu'un témoin lui monte un bateau lors d'un interrogatoire, là, elle ne peut plus aussi facilement déterminer qui dit vrai ou faux. Et elle ne peut ni brusquer, ni être aussi cassante qu'à l'accoutumée, avec ces personnes âgées!»

Elle-même, en tant qu'auteure, a dû peser ses mots. «Ça m'a rappelé à quel point ils peuvent être lourds de sens et qu'il faut savoir les utiliser comme il faut», avoue-t-elle.

Réinsertion figurative...

Au gré des titres, la romancière prend de plus en plus plaisir à faire de la réinsertion figurative de certains personnages. Ainsi, Vivien Joly, croisé dans Silence de mort (2008) et très apprécié de Maud malgré tout, sort lui aussi de prison, dans Vrai ou faux. «Je savais qu'ils se reverraient, ces deux-là!» clame en riant Chrystine Brouillet, qui attend par ailleurs «le bon moment» pour ramener l'érudit et instable François de Promesses d'éternité (2009).

«L'indéniable intérêt que j'ai à écrire cette série, c'est que je peux entre autres voir grandir, vieillir mes personnages, mais aussi jouer avec certains membres plus secondaires de la 'famille' élargie qu'ils forment, en les faisant ressurgir quelques années plus tard, en fonction de la logique de la nouvelle intrigue que je suis en train de peaufiner.»

Car si Maud ne la surprend plus vraiment («Je la connais par coeur!»), il n'en va pas nécessairement ainsi de tous ceux et celles que son héroïne côtoie. «Parfois, des 'rôles de soutien' finissent par prendre plus de place que prévu. C'est le cas de Bouthillier, par exemple. Quand il est apparu dans Saccages (2013), je l'ai trouvé attachant, à cause de son parcours personnel, au point où je l'ai fait joindre l'équipe de Maud, au final, sachant que Rouaix allait prendre sa retraite», explique l'auteure.

... et génération future

Cette dernière prépare d'ailleurs la suite des choses, en envoyant Maxime, le fils adoptif de Maud et Alain, à l'école de police. En lui faisant suivre les traces de ses parents de la sorte, Chrystine Brouillet s'assure d'une relève «plausible». «Maud ne pourra pas toujours être en première ligne!» lance celle qui met donc lentement mais sûrement en place une prochaine génération d'enquêteurs.

«J'espérais ça d'Henning Mankell, qui est malheureusement décédé avant qu'on sache s'il avait bien l'intention de faire de la fille de Wallander la bonne policière qu'on sentait qu'elle pouvait devenir...» 

Or, Maxime lui permet d'«envisager la chose de manière tout à fait crédible». «Maud n'ayant que 50 ans, elle a quand même quelques enquêtes devant elle encore!»

Chrystine Brouillet est d'ailleurs déjà plongée dans l'écriture de la prochaine.

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