Petits meutres aux accents britanniques

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CRITIQUES / Dans le monde du roman policier, Cormoran Strike et Agatha Raisin ont un petit je-ne-sais-quoi de typiquement britannique qui les rend des plus sympathiques malgré leurs défauts. Le premier, du genre ours mal léché, mène ses enquêtes à Londres secondé par Robin, son assistante plutôt dégourdie (et avec laquelle il ne sait plus trop sur quel pied danser). La seconde, nouvelle venue dans le milieu du crime et grincheuse retraitée dans son cottage d'un petit village des Cotswolds, prend pour sa part des airs de Miss Marple (mais fumant comme une cheminée, entre autres). Plongeon dans des polars aux savoureux accents «british».

Agatha Raisin enquête: La quiche fatale et Remède de cheval, de M.C. Beaton ***

Après avoir fait la pluie et le beau temps en relations publiques à Londres, la quinquagénaire Agatha Raisin décide de concrétiser son rêve d'enfance et de se retirer à la campagne. Où elle s'ennuie vite à mourir... Et à s'imaginer des meurtres là où, en apparence, il n'y en a pas. Car en cherchant à s'intégrer dans son nouveau milieu (pour ne pas dire attirer l'attention), Agatha s'est mise en tête de remporter le concours de quiches de Carsely. Pour y parvenir, comme elle ne sait pas cuisiner, elle ne se gênera pas pour tricher. Avec pour conséquence qu'après avoir mangé un morceau de sa quiche, un homme meurt. 

Empoisonnement alimentaire ou planifié? Là est toute la question... à laquelle Agatha Raisin entreprend envers et contre tous d'obtenir la réponse, dans ce qui deviendra la première de ses enquêtes (La quiche fatale).

L'héroïne de M.C. Beaton lit Agatha Christie (!) et boit du thé (presque autant qu'elle écluse les verres de gin tonic dans les pubs). Elle a son franc-parler (surtout quand son caractère prompt prend le dessus), une silhouette trapue (mais de belles jambes) et a l'heur de soulever les passions partout où elle passe. Y compris lorsqu'elle frappera à la porte de son nouveau voisin, le séduisant colonel James Lacey, dans le deuxième volet de la série, Remède de cheval

L'humour anglais de Beaton se nappe d'un suave nuage de romantisme (quand elle tente de se la jouer femme fatale, Agatha Raisin devient aussi drôle qu'attendrissante de lucidité). On est loin, ici, d'un rythme haletant, l'auteure s'inspirant du milieu rural pour poser ses effets de plume. Par le ton et sa narration à l'élégance surannée (qui n'est pas sans faire écho aux romans d'Agatha Christie), elle nous permet de savourer l'esprit de campagne des Cotswolds, ses jolis décors et ses personnages colorés (dont le sympathique sergent Bill Wong, la généreuse Mrs Bloxby, la femme du pasteur, etc.) par procuration. 

On se prend ainsi au jeu de vouloir savoir qui a tué et pourquoi... entre deux réunions de la Société des dames de Carsely. Un plaisir coupable tout simplement «charming»!

La carrière du mal, de Robert Galbraith ****

Tout le monde sait maintenant que derrière le pseudonyme Robert Galbraith se cache nulle autre que la «mère» du célèbre Harry Potter, J.K. Rowling. Qui signe ici une troisième - et sa meilleure à ce jour - enquête de son nouveau héros, Cormoran Strike. Après L'appel du coucou (qui lui a servi à mettre en place son nouveau terrain de jeu) et Le Ver à soi (dont l'action se déroulait dans le milieu de l'édition... sur lequel elle jetait un regard sans concession), voilà que l'écrivaine passe carrément en deuxième vitesse. Maintenant qu'elle a bien campé ses personnages, elle peut solidement déployer ses intrigues dans des zones d'ombres nouvelles. Dans lesquelles elle évolue avec une indéniable aisance.

Côté thriller, Rowling-alias-Galbraith prend ainsi vraiment son envol, avec La Carrière du Mal. Elle maîtrise l'art du suspense, privilégiant des chapitres courts, qui se terminent invariablement sur une note ne laissant au lecteur qu'une seule option: tourner la page pour entreprendre le suivant.

Cela ne l'empêche pas, côté vies privées de ses attachants personnages, d'étoffer leurs passé et personnalité en levant le voile sur des gens et des incidents majeurs ayant marqué leurs parcours respectifs. Ni de jouer avec leurs sentiments, en faisant évoluer la relation ambiguë entre Strike et Robin Ellacott, qui travaille pour (mais de plus en plus avec) lui.

Robin se prépare avec plus ou moins d'entrain pour son mariage avec Matthew. Et découvre, un matin, en arrivant au boulot, dans un colis lui étant adressé, non pas les appareils photo jetables commandés pour le jour «M», mais plutôt... une jambe de femme bien refroidie. 

Ensemble, son patron et elle chercheront à découvrir qui a bien pu lui acheminer un si sordide colis. Ce faisant, ils ne seront pas sans se mettre à dos quelques policiers, ni sans mettre en danger la vie (y compris amoureuse) de Robin, qui serait devenue la cible d'un véritable psychopathe.

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