Contrer la marchandisation de l'amour

«La technologie nous éloigne de l'humain et de... (Courtoisie, Claude Gassian)

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«La technologie nous éloigne de l'humain et de nos passions. Elle change vraiment nos moeurs et est en voie d'entraîner une réelle mutation anthropologique», s'inquiète l'auteure Éliette Abécassis.

Courtoisie, Claude Gassian

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Entre cours de philosophie (suivis sur Skype) et jeux d'amours et de hasards (mais aussi d'apparences) dignes de Marivaux, Éliette Abécassis réfléchit sur l'amour à l'ère des rencontres virtuelles. Ce faisant, elle constate «une vraie solitude» et une «désillusion» face aux relations amoureuses. Si bien qu'elle lance un cri d'alarme devant un sentiment transformé en «bien de consommation». Et propose aux lecteurs de suivre, à l'instar de son héroïne Juliette, une cure de désintox sous forme de Philothérapie.

«La technologie nous éloigne de l'humain et de nos passions. Elle change vraiment nos moeurs et est en voie d'entraîner une réelle mutation anthropologique», s'inquiète Éliette Abécassis.

«On vit à l'heure de l'Uber-isation de l'amour. On cherche l'amour par le biais de toutes sortes d'applications et dans un monde virtuel qui entretient un nouveau type de marivaudage. On se crée des profils comme des personnages, on porte des masques, que ce soit sur Facebook ou les sites de rencontres, afin que les réseaux sociaux trouvent des personnes qui nous correspondent en fonction d'algorithmes.»

D'où une perte du sentiment, donnant l'impression que les hommes ne savent pas aimer et que les femmes sont amoureuses de l'amour, déplore la Française.

Ainsi, l'auteure (Qumran, La répudiée, Séfarade, Une affaire conjugale, etc.) met en scène Juliette. Qui vient de laisser Gabriel; fait l'épicerie et commande ses repas sur Internet ou son téléphone portable; parle à ses parents habitant à quelques rues de chez elle... par FaceTime; se met en scène sur divers sites dans l'espoir, qui sait, de peut-être y piéger son ex qui continue à lui déclarer sa flamme par textos et courriels. 

Ne sachant plus où elle en est, Juliette préfère se réfugier derrière claviers et écrans pour échanger avec (ou mieux ignorer) le monde qui l'entoure. S'auto-diagnostiquant «malade de l'amour», elle veut néanmoins se guérir. Et décide donc de suivre le conseil de son libraire et confident Emmanuel, qui lui propose de suivre une philothérapie.

«Le personnage du professeur m'est venu en tête en premier, parce que j'avais envie de remettre la philosophie au coeur d'un questionnement et d'un discours sur l'amour», mentionne la quadragénaire, fille d'un professeur de philo et elle-même normalienne et agrégée de philosophie, matière qu'elle a d'ailleurs enseignée pendant trois ans.

Éliette Abécassis est certes consciente que ladite discipline n'a pas toujours la cote, notamment auprès des étudiants. 

«Pourtant, la philosophie nous confronte, nous bouleverse plus souvent que nous le croyons, car nous nous posons tous des questions philosophiques, que nous en soyons conscients ou non. Et c'est à partir de ces questions que nous faisons nos choix de vie. Il est essentiel de prendre conscience de son importance, puisqu'elle seule peut nous montrer le chemin qui nous permettra de sortir de l'absurde.»

Du coup, Juliette et son professeur (le séduisant Jean-Luc Constant) se donneront rendez-vous sur Skype pour discuter de l'ennui qui met tout couple à mal, d'amour qui dure, de rupture, comme de passion, de désir et de beauté. Ce faisant, ils citeront le Cantique des cantiques, Platon, Lacan, Freud, Camus, Sartre, Lévinas et Schopenhauer, entre autres. Ils discuteront notamment de l'art de la séduction, de l'idée de «pur amour» et du mythe de Sisyphe. Tout en puisant dans l'histoire de la philosophie, ils évoqueront autant l'oeuvre de Jane Austen et les comédies romantiques que L'amour dure trois ans de Beigbeder et Eyes Wide Shut avec Tom Cruise et Nicole Kidman.

«La philosophie doit s'ancrer dans la réalité, refléter son époque, puisqu'elle réfléchit sur la vie et ce que nous vivons. La culture pop faisant partie de notre inconscient collectif, il faut en tenir compte», fait valoir Mme Abécassis.

Cette dernière a développé les thèmes explorés par Juliette et son mentor en lien avec les émotions ressenties par son héroïne. Notamment en réaction aux propos de Jean-Luc. Dont le charme lui procure de plus en plus de frissons, au gré de leurs rencontres, d'abord en mode audio, puis vidéo. «Or, la beauté n'est qu'une apparence et Juliette cherche à s'élever pour aimer l'âme. Elle veut sortir de son cocon virtuel pour se frotter au réel.»

Et si la réalité cachait une autre vérité? Car entre Juliette, Margaux (sa jolie collègue et seule amie dans la «vraie vie»), son ex-qui-prétend-être-toujours-amoureux-d'elle Gabriel, le mystérieux Jean-Luc, le réconfortant Emmanuel et un autre homme rencontré au jardin du Luxembourg, se joue un vaudeville dont Éliette Abécassis tire les ficelles dans le but avoué de faire réfléchir sur les (en)jeux de l'amour, du hasard et de la mise en scène.

«Seule la philosophie peut nous éviter de devenir victime de la marchandisation de l'amour», martèle-t-elle en guise de conclusion.

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