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La Chambre verte: Séraphin peut aller se rhabiller ***1/2

Le DroitValérie Lessard 3/5

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«Au nom du Capital, des Intérêts et de la Sainte-Économie», Séraphin Poudrier peut aller se rhabiller, car il existe aujourd'hui des grippe-sous de fiction encore plus avares que lui: Louis-Dollard et Estelle Delorme!

Martine Desjardins ne lésine d'ailleurs pas sur les moyens de rendre le couple particulièrement détestable dans La Chambre verte: cette chambre rend d'ailleurs verte d'envie la maison familiale, qui rêve de voir un jour ses habitants lui redonner son lustre d'antan alors qu'elle dépérit à cause des folles économies du clan de l'aïeul Prosper Delorme. Ladite maison, dont les murs n'ont pas que des oreilles, mais aussi des yeux, est d'ailleurs la narratrice du roman.

Recélant en son ventre une voûte secrète où les Delorme accumule leur fortune et voue un véritable culte à une pièce de monnaie à l'effigie de la reine Victoria, elle abrite aussi entre ses cloisons mal isolées les trois soeurs de Louis-Dollard - Morula, Gastrula et Blastula (rien de moins!) - qui y vivent à cheval entre leur statut de vieilles filles, bonnes et marraines fées maléfiques.

Ce roman, qui relate par la bande le développement autour du mont Royal au siècle dernier, aurait pu faire sombrer le lecteur dans une déprime digne du Vendredi noir de 1929 n'eut été de l'humour caustique de l'auteure. Suavement, elle fait entrer péril en la demeure sous les traits de l'intrigante Pénélope «Penny» Sterling (dont les plus amateurs de polars saisiront vite la vraie nature). Ce n'est donc pas non plus par l'aspect thriller que La Chambre verte séduit, mais bien par la plume alerte et mordante de Martine Desjardins qui prend ici un malin plaisir à raconter la paranoïa d'Estelle (encore plus radine que son époux - ce qui n'est pas peu dire! -, elle gratte les fonds de tiroir comme pas une), les magouilles de Louis-Dollard (pour qui l'argent peut vraiment brûler les doigts), mais aussi à les velléités du plus jeune descendant, Vincent, de briser le cercle vicieux de la dépendance familiale à la moindre cenne noire.

Y parviendra-t-il avant de voir s'envoler en fumée les espoirs de ses parents de lui faire passer la bague au doigt de la riche Mlle Sterling?

«Ne nous laissez pas succomber à la spéculation», prient les Delorme, mais, pour notre part, ne regardons pas à la dépense: ce nouveau titre de Martine Desjardins vaut bien qu'on cherche à obtenir réponse à la question!

--

La Chambre verte, de Martine Desjardins

Alto, 256 pages

***1/2

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