La littérature à l'heure congolaise

Des partisans des Léopards, l'équipe de soccer de... (Junior Kannah, Archives AFP)

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Des partisans des Léopards, l'équipe de soccer de la République démocratique du Congo (RDC)

Junior Kannah, Archives AFP

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CRITIQUES / Deux auteurs d'origine congolaise, Alain Mabanckou et In Koli Jean Bofane, retournent par l'écriture dans leur pays natal et réussissent à nous émouvoir en se riant de presque tout. Portraits sans concession d'une Afrique aux mille visages: joyeusement excessive, débrouillarde toujours, corrompue trop souvent.

Congo, d'Alain Mabanckou ****

Ces derniers temps, Alain Mabanckou jouit d'une célébrité galopante. Prix Renaudot 2016, le président d'honneur du Salon du livre de Québec, en avril, vient d'être nommé au prestigieux Collège de France. Romancier, professeur, communicant hors pair... on en oublierait presque qu'il est aussi poète.

Son bagou irrésistible trouve un autre élan dans la forme concise de Congo, publié aux éditions Mémoire d'encrier. L'auteur y entrelace l'imaginaire et le réel, la rêverie créatrice et l'observation frontale de l'Afrique tout en mettant en scène des personnages confrontés à la question du sens du monde. 

En préambule, on découvrira que sa démarche poétique est motivée par des rencontres (cocasses) avec certains lecteurs congolais: «Pourquoi tu n'écris jamais sur le Congo? Pourquoi tu ne cites jamais le nom du dictateur là-bas, hein?» lui reproche l'un d'eux.

Superbe mise au point avec Congo (Mémoire d'encrier, 84 pages), ce pays où le subjonctif imparfait n'étonne personne, berceau de plusieurs génies littéraires (dont Sony Labou Tansi) et de mouvements incongrus comme la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes (SAPE).

Ode parfois tourmentée à ses habitants et magnifique chant de sa culture.

Congo Inc., d'In Koli Jean Bofane ***1/2

D'un côté, Brazzaville d'Alain Mabanckou, de l'autre Kinshasa selon In Koli Jean Bofane. Dans un récit porté par une verve décapante, l'auteur met en scène le jeune Isookanga, Pygmée ekonda excédé de vivre dans la jungle au milieu des cases sans air conditionné, coincé entre les réflexions rétrogrades de l'oncle qui n'entend rien à la modernité et les préjugés dont sont victimes les Pygmées.

Un jour, le jeune homme décide de tout plaquer pour embarquer sur une baleinière, direction Kin' la mystérieuse. Cette quête initiatique le confrontera au monde interlope de la mégalopole, celui des shégués (enfants des rues) parmi lesquels il trouve refuge au grand marché où se rendent parfois des délégués d'ONG pour quelques emplettes sexuelles. 

Loin d'être désorienté, le Pygmée a de la suite dans les idées: il se lance dans la commercialisation de la boisson «eau pire suisse», bien plus rafraîchissante que la concurrente «eau pire». 

Derrière le style plein de verdeur, In Koli Jean Bofane offre une méditation sur l'Afrique actuelle aussi fascinante que parfois dérangeante: les mots ne lui manquent pas dans l'écriture étrangement posée et douloureusement précise d'un viol.   

Mais il aime aussi métaphysiquer sur les relations Nord-Sud, notamment à travers cette scène torride et hilarante entre Isookanga et une jeune chercheuse hantée par le complexe du colonisateur. L'auteur s'en donne à coeur joie dans le ton impertinent, graveleux, voire obscène ou corrosif quand il évoque les églises sans scrupule et sonde les ravages d'un continent exploité tous azimuts.

L'entrelacement des thèmes compose un roman aux intentions parfois énigmatiques, parfois démonstratives, que sauve un ton mêlant ironie goguenarde, lyrisme, épopée même, pour évoquer un Congo Inc. (Babel, 304 pages) où tout va à vau-l'eau.

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