La nature humaine et animale

CRITIQUES / Des chiens qui deviennent capables de penser et de... (Archives La Presse)

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CRITIQUES / Des chiens qui deviennent capables de penser et de parler et, du coup, révèlent leur nature humaine. Et des enfants qui, à la suite d'une catastrophe naturelle, doivent apprendre à survivre et redeviennent (presque) des animaux sauvages. Troublantes incursions parallèles dans les plus récents romans d'André Alexis et de Dynah Psyché.

Le Langage de la meute, d'André Alexis ****

L'intelligence rend-elle plus heureux? Ou, au contraire, rend-elle plus conscient des aléas de son existence? Hermès et Apollon, attablés dans une taverne de Toronto, ne s'entendent pas sur la question. Ils donnent donc le don de parole et de pensée à 15 chiens, histoire de savoir si l'un des canidés réussira à mourir heureux... Dès lors, André Alexis fait de sa meute le microcosme de tout groupe d'hommes et de femmes confrontés aux jeux de pouvoir, aux pulsions du désir, aux petites et grandes trahisons, aux impératifs hiérarchiques, voire à la notion de fidélité en amour. Sans oublier la mort, aussi inexorable que souvent violente.

On suit donc entre autres Benjy, le beagle aussi rusé que manipulateur; Prince, le bâtard albertain qui apprend à jouer de la langue pour en faire de la poésie; ou encore Atticus, le mastiff conservateur, qui aimerait bien maintenir son emprise sur sa horde en préconisant le retour aux aboiements d'avant... Majnun, lui, établit un véritable lien avec Nira, avec qui il converse. Par le biais du caniche et de la femme qui l'héberge, l'écrivain aux racines trinidadiennes explore la relation entre l'homme et l'animal non plus domestique, mais bel et bien élevé au rang d'animal de compagnie. C'est d'ailleurs Majnun qui apprivoisera le plus un sentiment d'attachement, voire l'amour à partager le quotidien de Nira.

Ici, par les descriptions des odeurs, on pense à Patrick Süskind et son Parfum. Là, la loyauté de Majnun nous renvoie à celle du célèbre Hachiko, qui a sa statue au Japon. André Alexis, qui a remporté le prix Giller avec ce Langage de la meute (Québec Amérique, 240 pages), signe un roman métaphorique dans lequel il est impossible de ne pas voir un reflet de ce que nous sommes.

Pour le meilleur et pour le pire.

Rouge la chair, de Dynah Psyché ***

Fiona vit parmi les femmes de son clan dans la mangrove. Jusqu'au jour où un raz-de-marée vient bouleverser son univers. Et la laisser isolée, mais vivante, sur une île, loin de tout et de tous. Mais tout et tous existent-ils encore quelque part? Fiona ne sait plus. Sinon qu'à presque 15 ans, elle doit trouver une façon de survivre, de mettre en pratique ce que les anciennes et sa mère lui ont enseigné pour subvenir à ses besoins par elle-même. Et imaginer ce que les femmes de sa tribu lui auraient appris, plus tard, si la catastrophe n'avait pas eu lieu...

Au moment où l'adolescente finit par se croire seule au monde, débarque une bande d'enfants de son village. Dont certains membres semblent avoir basculé du côté de l'instinct du plus fort, qu'ils prennent un malsain plaisir à manifester de manière brutale, pour ne pas dire carrément cruelle, afin de garder la mainmise sur les plus jeunes, vulnérables et si faciles à manipuler. Face à leur intrusion, Fiona doit réapprendre à évoluer en société. Elle doit aussi recréer un équilibre des forces afin d'assurer la sécurité de tous, en plus d'éclaircir les conditions dérangeantes dans lesquelles la petite Lilia a disparu avant que le reste de la petite troupe n'échoue sur «son» île.

Certes, Rouge la chair (XYZ, 290 pages) offre matière à réflexion sur la nature animale de l'être humain quand structures sociales et repères tombent. Dur, dur, toutefois de ne pas être tentée de faire plus d'un parallèle avec Sa majesté des mouches de William Golding, en parcourant ce plus récent titre de Dynah Psyché, et ce, malgré les qualités intrinsèques à son écriture.

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