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Christine Orban dans l'intimité de Marie-Antoinette

«Marie-Antoinette a été une vraie star, une femme moderne... (Courtoisie)

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«Marie-Antoinette a été une vraie star, une femme moderne qui n'hésitait pas à s'afficher», soutient la romancière Christine Orban.

Courtoisie

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Christine Orban avait «mal jugé, comme tant d'autres» Marie-Antoinette. Une trentaine d'années après avoir lu Stefan Zweig à son sujet, la journaliste, férue de psychanalyse et romancière est partie à la rencontre de la femme derrière la reine. Qu'elle surnomme aujourd'hui affectueusement M.A., dans son «roman intime» Charmer, s'égarer et mourir.

De son image soigneusement mise en scène à sa réputation de monstre de futilité propagée par les mauvaises langues, en passant par le manque de confiance en soi entretenu par sa mère: plusieurs éléments de sa vie d'hier reflètent ce que peuvent vivre moult femmes aujourd'hui.

«Bien avant Marilyn Monroe, Jackie Kennedy ou Lady Di, Marie-Antoinette a été une vraie star, une femme moderne qui n'hésitait pas à s'afficher avec Fersen, d'Artois et ses autres favoris. Elle a été la première reine du glamour, mais elle a aussi été rattrapée par un rôle qui la dépassait, enfermée dans son apparence et prise au piège du charme», soutient Christine Orban. 

«Elle était faite pour paraître et, au final, elle a été victime de cette aura, du charisme qu'elle exerçait et, du coup, de l'envie et de la jalousie inhérentes qu'elle provoquait, renchérit-elle. Parce qu'on n'a pas cherché à la voir au-delà de l'image qu'elle projetait. Or, plusieurs femmes souffrent de ce malentendu, encore de nos jours.»

Alors que plusieurs se mettent délibérément en scène (voire à nu) sur Instagram, Snapchat, Facebook ou Twitter, où leurs faits et gestes (et leurs vêtements, coiffures, maquillage...) sont scrutés à la loupe et commentés par les uns et les autres, Marie-Antoinette était elle aussi exposée aux regards de tous. Et ce, dès son réveil, comme la romancière le rappelle dès le deuxième chapitre de son roman, dans lequel elle décline le rituel entourant son bain, le choix de ses robes, etc.

«Il y a là un parallèle très intéressant à faire, en effet, dans cette manière de s'exposer ainsi aux yeux de toute une société, affirme Christine Orban. M.A. n'avait pas le choix, cela allait de pair avec son statut. À l'époque, on se battait dans les rangs des nobles pour pouvoir assister au lever et à l'habillage de la reine!»

Affaire de perceptions

Dès lors, déplore la Française, tout relève de la perception, du jugement des autres. Elle cite Oscar Wilde, qui attribue la réputation non pas à ce qui est vrai d'une personne, mais bien à la légende créée autour d'elle.

«La vérité de l'autre, ce qu'il croit être vrai de soi, devient-elle plus importante que sa vérité à soi? C'est ce qui a mené Marie-Antoinette à l'échafaud: sa mauvaise réputation a été plus forte que sa réalité!»

Mme Orban ne cache pas avoir été elle-même «très sceptique» quand elle a entrepris ses recherches sur l'Autrichienne, mariée à 14 ans au futur roi de France Louis XVI, mère, amoureuse et amante de Fersen, décapitée le 16 octobre 1793. En cours de route, elle a vécu plusieurs chocs.

Celui de «l'évident malentendu» entre ce qu'elle est et ce que les gens pensent qu'elle est. Puis, celui du «pouvoir destructeur des rumeurs» entretenues à son sujet. «Les mauvaises langues tuaient au XVIIIe siècle comme le peuvent les réseaux sociaux maintenant.»

L'ultime choc a été de réaliser à quel point Marie-Antoinette prend conscience de qui elle est «trop tard», dans le silence et la solitude du château des Tuileries.

«M.A. n'était pas sans défaut, mais elle n'était pas faite pour être reine. Pas plus que Louis n'était fait pour être roi, d'ailleurs... Comment aurait-elle pu être curieuse des Français si lui ne l'était pas? Il n'y a que peu de place pour la réflexion dans son mode de vie et elle n'a aucun rôle politique sauf celui de donner un héritier à la France et même celui-là, Louis ne le lui fera tenir que bien tard...»

Il lui reste donc le divertissement, le Trianon où elle s'évade du joug de l'étiquette de Versailles. «Si elle y joue à colin-maillard et aux cartes, c'est pour se protéger, retourner au seul lieu qu'elle connaisse: l'enfance»

De toute façon, sa mère Marie-Thérèse d'Autriche ne lui faisait pas confiance, ce qui a longtemps empêché Marie-Antoinette de s'affirmer, évoque Christine Orban. «Elle n'était qu'un instrument d'un mariage arrangé. Elle a été sacrifiée.»

Pour Mme Orban, «toute biographie est une illusion». Si elle a opté pour le roman, c'est parce que l'intuition permet d'aller plus loin que la documentation. «Il y a des vides dans la vie de M.A. dans lesquels seul un romancier peut de se glisser, contrairement à l'historien.»

Résultat? La quinquagénaire est «entrée en empathie» avec Marie-Antoinette, élevée au titre de reine, puis déchue et tuée en tant que veuve Capet. Cette femme «qui n'a pas su vivre, mais qui a su mourir avec quelle dignité!» lance l'auteure en guise de point d'orgue à l'entretien.

Inscrire la destinée de M.A. sur un portrait signé Vigée Le Brun

Sur la couverture de Charmer, s'égarer et mourir est reproduit un détail du tableau La reine Marie-Antoinette dit «à la rose» (1783) d'Élisabeth Louise Vigée Le Brun, à laquelle le Musée des beaux-arts du Canada consacre son exposition estivale et «qui a su peindre M.A. comme pas une», de l'avis de Christine Orban.

«Dans ses mémoires, Vigée Le Brun disait de M.A. qu'elle était polie et exquise. Qu'elle l'avait patiemment attendue un jour qu'elle était arrivée en retard pour une séance, voire qu'elle s'était baissée pour ramasser ses pinceaux tombés par terre pour éviter que Vigée Le Brun, alors enceinte, n'ait à le faire. C'est, selon moi, d'autres exemples de la simplicité dont pouvait faire preuve Marie-Antoinette», raconte la romancière.

«Sauf tout le respect» qu'elle a envers l'artiste, l'auteure s'est quand même «permis de dessiner» une spirale étoilée sur La reine Marie-Antoinette dit «à la rose» histoire de traduire à sa manière «le tourbillon de [l]a destinée» de la reine qu'elle a «ressenti» en écrivant sur elle.

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