Abraham et fils: changement de cap ***1/2

Le DroitMaud Cucchi 3/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CRITIQUE / «On embarque dans une histoire comme on part en voyage. Certains aiment les croisières en paquebot.» Dès les premières phrases, l'écrivain Martin Winckler nous annonce un livre au long cours (576 pages) avec ses aléas - décrocher parfois, accepter d'être mené en bateau, prendre le temps de s'acclimater -, mais la promesse que le lecteur ne le regrettera pas.

Contrat de lecture tenu! Abraham et fils ne se dévore pas d'une traite, mais nous reste en mémoire des semaines après lecture. 

On y revoit le petit village de Tilliers, en Beauce (française), où débarquèrent un jour un médecin généraliste, Abraham Farkas et son jeune fils, Franz, âgé de 9 ans, tous deux rapatriés d'Algérie pour des raisons à ne pas dévoiler. On se souvient encore de la rue pavée des Crocus et de son changement de nom incongru, de la grande place dominée par le clocher de l'église et de la balançoire chère à Franz. Il y a quelque chose d'irrésistible dans le talent de conteur de Martin Winckler, médecin et écrivain français émigré au Québec, ancien professeur de création littéraire à l'Université d'Ottawa.

L'auteur de La Maladie de Sachs met en scène son personnage de prédilection: le médecin de campagne. Formidable plongée dans l'intimité d'une famille monoparentale secouée par une tragédie, Abraham et fils retrace l'histoire d'un père cherchant à refaire sa vie dans un lieu paisible. Puis change soudainement de cap en cours de croisière pour se concentrer sur le secret que recèle l'histoire de la maison de Tilliers.   

Dans chaque aventure humaine, l'auteur donne des versions différentes des liens familiaux: l'enfant amnésique en quête de vérité, le père surprotecteur rongé par la culpabilité. Et, du côté des femmes rencontrées au cours de cette nouvelle vie, une légèreté bienfaitrice et réparatrice. 

L'écriture aussi est protéiforme: la narration oscille entre le point de vue de l'enfance, celui de Franz, et la posture omnisciente du narrateur qui orchestre son récit à vue. Martin Winckler réussit ainsi à parler de la guerre en se tenant à distance, en préférant suivre des exilés ou des réfugiés en quête d'une nouvelle vie. Une lecture revigorante pour une verve qui résonne toujours dans le monde actuel. Abraham et fils fait partie de ces romans dont on ressort toujours plus confiants dans le pouvoir de la fiction.

--

Abraham et fils, de Martin Winckler

576 pages, P.O.L. 

***1/2

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer