Témoigner de «premières» dans l'histoire

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La nouvelle maison d'édition Incipit, terme désignant les premiers mots d'un ouvrage, a fait de l'esprit de cette définition son mot d'ordre: les auteurs choisis pour signer un titre devront témoigner à leur manière d'une «première» dans l'histoire. Ainsi, pour évoquer le premier bikini et le premier malade du sida, Éliette Abecassis et Philippe Besson seront notamment mis à contribution. Dans un premier temps, on lance toutefois des titres traitants, sous les plumes de Gonzague Saint Bris et de François Bégaudeau, du premier Festival de Cannes et de Marguerite Yourcenar, première femme à faire son entrée à l'Académie française en 1980.

CRITIQUE: Un ruban de rêve, de Gonzague Saint Bris ***

Alors que la 69e édition du prestigieux festival cinématographique prendra son envol le 11 mai, l'écrivain, journaliste et historien nous entraîne dans les coulisses de sa création en... 1939, initialement, en réaction aux interventions politiques d'Hitler et Mussolini pour faire entre autres couronner à la Mostra de Venise de l'année précédente Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl. Or, le 1er septembre 1939, jour d'inauguration en grande pompe du «politiquement indépendant» Festival de Cannes, l'Allemagne envahit la Pologne... Ce n'est donc que six ans plus tard que le premier rendez-vous cannois aura finalement lieu, entre whisky américain et vodka russe coulant à flots, et fleurant déjà la guerre froide à venir.

Gonzague Saint Bris connaît assurément sa matière et rend compte avec finesse de la petite et grande histoire d'un festival dont le rayonnement transcende la Croisette. Ici, il remet les pendules à l'heure (sur les frères Lumière, par exemple). Là, il livre quelques savoureuses anecdotes (La Bataille du rail, qui, en pleine guerre d'Indochine, devra être déprogrammé à Saïgon!). Cela dit, les dernières pages du livre, consacrées aux souvenirs de l'auteur liés au Festival, détonnent franchement avec le reste. Il y a une nuance entre faire d'une première fois historique «un objet littéraire personnel» et devenir personnel.

--

Un ruban de rêve, de Gonzague Saint Bris

Incipit, 132 pages

***

CRITIQUE: L'ancien régime, de François Bégaudeau ***1/2

Sous la plume mordante, pour ne pas dire féroce, de François Bégaudeau, l'élection de Marguerite Yourcenar à l'Académie française relève presque d'un prétexte. Pour remonter jusqu'au cardinal Richelieu (qui n'aura de cesse de «mettre de l'ordre dans Babel», d'éradiquer «les patois pour imposer le françois» et du coup faire parler la France d'«une seule voix») et relater la fondation de ladite institution en 1634. Pour étayer les premiers «efforts» de l'académicien Jean Le Rond D'Alembert pour convaincre  les membres, dès 1760, de faire une place à une femme au sein du saint des saints. Pour faire valoir que l'homosexualité de Marguerite Yourcenar aurait été un plus, car «pour moitié un prétendant». Bref, pour dénoncer vertement le conservatisme de l'institution.

À se faire aussi décapant, cependant, on ne peut que finir par croire que François Bégaudeau cherche à déboulonner l'Académie plus qu'autre chose. Ce qui n'enlève toutefois rien au plaisir (coupable?) qu'on prend à savourer la verve, le style et le ton souvent cinglant de l'auteur d'Entre les murs (dont l'adaptation cinématographique a été couronnée de la Palme d'or à Cannes en 2008).

--

L'ancien régime, de François Bégaudeau

Incipit, 112 pages

***1/2

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer