La femme aux cartes postales: jazz en cases ****

Le DroitYves Bergeras 4/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur La femme aux cartes postales planent les mélodies de My Funny Valentine et Blue Suede Shoes et l'aura d'Oscar Peterson, John Coltrane, Miles Davis et Chet Baker.

Une BD en deux temps. Pour deux époques. Face A: Montréal de la fin des années 50, à l'heure où l'âge d'or des cabarets jazz perd lentement de son lustre, poussé par le rock 'n' roll et l'escouade de la moralité de Jean Drapeau. Face B: le début du millénaire, entre Paris et New York. 

Deux récits menés en parallèle.  

Au passé, l'ascension de Rose, une jeune chanteuse déterminée à vivre son destin, qui quitte sa campagne québécoise pour la métropole, à la poursuite d'une carrière dans le hot jazz. Au «présent» (2002), la quête de Victor, type adopté qui, dans les ruines des tours jumelles du World Trade Center, découvre l'existence d'un frère - jumeau, lui aussi - et part à la recherche de sa famille biologique. 

Rose devient Rainbow - car il est impossible de chanter à l'ouest de la rue Bleury avec un nom francophone - et se réchauffe aux feux de la rampe. À sa façon, Victor devra lui aussi faire face à la musique, lui qui déterre sans le vouloir quelques fantômes enfouis dans les profondeurs d'un terrible secret familial.

Pas de suspense haletant, mais des points de suspension et des silences qui font une très jolie musique. Le noir et blanc et les ombrages collent parfaitement bien aux ambiances rétro. Cette BD est servie par la maestria de l'auteur-metteur en scène Claude Paiement, ici «compositeur» du scénario et des dialogues, et par Jean-Paul Eid, «interprète», aux crayons et ambiances. Leur partition est feutrée, subtile; la note, juste. Le graphisme d'Eid (les séries Jérôme Bigras et Memoria) est tout aussi maîtrisé que son découpage, qui plonge le lecteur dans une rythmique nonchalante, celle du cool jazz sans doute. 

Un travail d'orfèvre, tant dans la représentation historique des lieux que dans l'approche graphique. Présentées en format pleine page, des coupures de journaux d'époque et les cartes postales que signe Rose viennent ventiler la narration. 

L'album se paie même le luxe d'une mini-trame sonore constituée de deux chansons, Two Little Birds (composition originale de Thomas Hellman) et le standard Lullaby of Birdland. Interprétées par Fanny Bloom, qui «prête sa voix» au personnage de Rose, elles sont disponibles sur iTunes - en attendant le 45 tours à venir dans quelques semaines. 

On a le goût d'applaudir et de crier «Encore!», dans l'espoir d'obtenir une suite ou une adaptation...

--

La femme aux cartes postales, de Jean-Paul Eid et Claude Paiement

La Pastèque, 232 pages

****

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer