Trois livres marrants... et auto-référents

Les éditions Scholastic  ont fait paraître récemment, juste à temps pour... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Les éditions Scholastic  ont fait paraître récemment, juste à temps pour accueillir la Journée du livre et du droit d'auteur - qui a lieu le 23 avril - trois livres-jeunesse ayant pour sujet... eux-mêmes. Dans la perspective de donner le goût de la lecture, rien de mieux, sans doute, que de valoriser l'objet. Ou, au contraire, de le démythifier, dans le dernier cas, Evril (Livre, épelé à l'envers), qui propose au lecteur d'en découper les pages et de le dégrader.

Le Bon petit livre, de Kyo Maclear et Marion Arbona ****

Signé Kyo Maclear (texte) et Marion Arbona (illustrations), Le Bon petit livre est la plus réussie - et clairement la plus littéraire - de ces trois amusantes mises en abyme. Son édition originale, en version anglaise, fut l'an dernier finaliste au Prix littéraire du gouverneur général, catégorie jeunesse-livre illustré.

De facture soignée (une couverture «à l'ancienne», couleur rouge-vin, très humblement illustrée, mais rehaussée d'une reliure en tissu), ce «bon p'tit bouquin» commence par s'auto-référencer en se présentant au lecteur sur son étagère de bibliothèque, modestement coincé entre des classiques plus gros, plus nobles ou meilleurs vendeurs que lui.

Qu'importe, puisque c'est lui qui retiendra l'attention du garçon «très contrarié» qui, entré en coup de vent dans la bibliothèque, va se calmer en feuilletant quelques pages, qui auront tôt fait de le happer. Et le voilà absorbé dans une lecture dont le «silence emplit la pièce et se disperse à travers les murs», imperméable aux bruits du quotidien.

De quoi parle ce Bon petit livre si captivant, exactement? Le «vrai lecteur» ne le saura jamais. Il réalisera en revanche que le garçon voyage. Qu'il explore en retenant son souffle des fonds marins ou quelque contrée éloignée. Et qu'envoûté jusqu'à la dernière page... il se dépêche d'en  reprendre la lecture depuis le début.

Le lecteur en chair et en os (le livre est destiné aux 5 à 9 ans) comprendra aussi très vite que chacun voit son bon p'tit bouquin à sa porte. Et qu'il a probablement, tout comme le garçon, son propre livre de chevet, un compagnon loyal, toujours prompt à le distraire et le happer. Un livre qui, sans aucun doute, a été écrit pour lui.

À leur récit, les auteurs ont greffé une dimension plus poétique, teintée d'absurde. Celle-ci est portée - au fil des saisons qui passent - par les illustrations (étranges, modernes et bien jolies) et par l'imagination du garçon... laquelle s'emballera quand il perdra par mégarde son bouquin fétiche.

Impossible de ne pas fondre devant ce drôle de mélange, qui débute par une épigraphe de Groucho Marx.

Ce livre n'est pas le bon!, de Richard Byrne ***

Suite chrono-mais-pas-forcément-logique de Ce livre a mangé mon chien, du même Richard Byrne, Ce livre n'est pas le bon! permet à l'auteur de renouer avec les personnages de Bruno, Bella et son chien.

Alors que les deux enfants jouaient gentiment à sauter d'une page à l'autre, le gros chien gaffeur va accidentellement les pousser hors de la page. «Ce livre n'est pas le bon!» constate aussitôt la fillette, en observant son nouvel environnement. Le tandem s'est retrouvé projeté dans un autre livre, destiné à apprendre à compter. 

Tentant de retrouver leur page d'origine, les enfants se perdront en chemin. Dans les pages suivantes, les attendent: le dédale d'une bande dessinée; les hiéroglyphes de quelque bouquin portant sur l'Égypte; les labyrinthes d'un livre-jeu, un manuel d'instruction pour faire un bateau en papier, etc. Ils s'égareront sans le savoir jusque chez Mère-Grand, où le jeune lecteur est convié à faire glisser son doigt sur l'image afin d'éviter aux deux héros de se faire croquer par le Loup en pyjamas. 

Les dessins sont hyper-mignons et l'idée est bonne. Inusitée, à défaut d'être tout à fait originale ou d'une grande profondeur. Bien menée pour la tranche d'âge visée, les 3-7 ans. 

Quoique saugrenu dans la forme, le récit reste finalement très sage, alors que la prémisse nous laissait espérer des péripéties plus abracadabrantes. Quoi? Comment ça, le duo n'a pas croisé le Philémon de Fred, éternel naufragé de ce genre de situation? Voilà qui aurait été plus drôle...

Ervil, mon livre à l'envers, d'Anna Brett et Elle Ward **1/2

Sacraliser le livre? Très peu pour l'auteure Anna Brett. Comme l'indique son sous-titre, «mon livre à l'envers», Ervil prend la littérature à contre-pied.

Les pages ne contiennent pas de texte, mais plutôt des instructions: «Dessine un cercle en traçant uniquement des lignes droites»; «fais un chef-d'oeuvre avec tes orteils»; «tisse cette page», etc. À chaque page, son exercice, tour à tour amusant, saugrenu... ou limite idiot («Bois ce livre»???).

Les pages sont presque vides, si ce n'est quelques crayonnés (signés Elle Ward) suffisamment rudimentaires pour ne pas effrayer ni contaminer les efforts artistiques. On est encouragé à découper certaines pages, à coller ou défoncer certaines autres. À apposer nos empreintes digitales. À créer sans autre contrainte que celle de «réfléchir à l'envers» (le détenteur d'Evril doit signer une promesse solennelle dès la première page).

Tout ça pour «penser autrement», nous rassure Ervil, sans nous convaincre réellement. Sans queue ni tête? Non. Mais renversant? Non plus. 

Ervil se destine probablement à ceux que la simple vue du mot «livre» donne de l'urticaire. Mais il n'est qu'un «livre d'activités» tentant de se faire passer pour un vrai bouquin, sous le sceau de l'humour. Il a en revanche le mérite de faire appel à toute l'imagination des anti-lecteurs à qui il s'adresse. Sauf que... 15$, ça semble un peu cher, pour un cahier d'activités plein de pages blanches, non?

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