Plaisirs pervers derrière les barreaux

David Goudreault assène plus d'une vérité en les... (Maxime Picard, Archives La Tribune)

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David Goudreault assène plus d'une vérité en les faisant passer avec une bonne dose d'humour noir.

Maxime Picard, Archives La Tribune

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Son «héros» ayant commis un crime dans La bête à sa mère, David Goudreault n'avait pas vraiment le choix: il devait envoyer son personnage derrière les barreaux dans la suite de son premier roman. Avec tout ce que cela peut comporter de cru et de violent. Pour lui comme pour le lecteur. Plongeon au coeur de «notre fermeture d'esprit, [cette] prison d'où la vérité nous échappe», comme le soutient le personnage, toujours aussi coloré et anonyme.

De par le lieu où David Goudreault confine l'histoire de La bête et sa cage, il se dégage de ce deuxième tome un «réalisme dur enrobé d'humour noir», reconnaît d'emblée le principal intéressé. Qui aborde autant les questions de racisme et de «couples» tolérés, que celles relatives aux conditions de vie et de trafic d'influences (et de médicaments, de cellulaires, de drogues...) en milieu carcéral.

«Le décor est très important. Le pénitencier est un milieu hostile par nature, une réalité en soi si violente pour les détenus et pour ceux qui y travaillent qu'elle ne pouvait que créer des tensions. Parce que les hommes qui sont envoyés 'en-dedans' demeurent des meurtriers, des toxicomanes, des prédateurs sexuels ou des êtres aux prises avec la maladie mentale.»

Ainsi, les prisonniers cherchent des façons d'assouvir leurs besoins (la «bête» deviendra vite le «petit chéri» d'un «enculeur» de première dénommé Papillon). Forment «des gangs très définis», notamment en fonction des origines des uns et des autres (ici, la bande haïtienne de Molosse fait face aux Blancs menés par un Bizoune en lien avec «de vrais Italiens d'origine contrôlée et mafieuse» à l'extérieur).

«Tout se reproduit à l'intérieur des murs. C'est du crime organisé à une autre échelle, mais avec les mêmes enjeux de territoire, les mêmes rapports de force. Et des jeunes vulnérables comme mon personnage qui débarquent dans un tel univers et s'avèrent prêts à tout pour obtenir un petit rôle dans la chaîne hiérarchique, c'est la réalité.»

Le poète, slameur et travailleur social, qui a entre autres oeuvré dans un Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC), connaît le milieu, «des deux côtés de la vitre». Il a néanmoins pris le temps de mener des entrevues officielles avec des agents correctionnels et des ex-détenus pour étoffer son écriture. 

Cela n'empêche pas l'artiste de se défendre d'avoir des comptes à rendre à la réalité. 

«Ce qui compte, dans ce que j'écris, c'est que tout colle à la réalité de mon personnage.»

Ce dernier chevauchant déjà allègrement la clôture entre être haïssable et attachant, il ne pouvait que se tenir en funambule halluciné sur «l'équilibre très précaire» de «la loi de la prison» établie dans l'aile des «coucous» où il atterrit. Entre sa perception égocentrique de ce qui s'y passe et son caractère explosif. Entre ces suaves aphorismes et distorsions cognitives et le côté brut et brutal du milieu dans lequel il évolue. Entre cette mère qui l'a rendu malade d'aimer et Édith, son agente de services correctionnels, qu'il n'aura de cesse de tenter de séduire.

«Les mensonges, ce sont les biscuits soda de la parole, c'est sec. Il faut les faire passer avec un peu de vérité», explique le criminel, qui croit ainsi attirer l'attention de sa «promise».

Jouer avec le malaise

David Goudreault, lui, assène plus d'une vérité en les faisant passer avec une bonne dose d'humour noir. Au détour, il dénonce le fait que «le citoyen moyen, laid et analphabète, n'arriverait même pas à nommer trois présidents du Canada ou quatre tribus amérindiennes d'Amérique» mais connaît Karla Homolka. Il repousse aussi le lecteur dans ses ultimes retranchements en abordant la question du racisme.

«Les jugements de mon personnage sont tellement exagérés, voire radicaux, qu'ils confrontent le lecteur, le forcent à juger ses jugements, justement. Je joue avec cet élastique pour voir jusqu'où les gens vont l'accompagner dans ses délires, à quel moment ils vont le larguer parce qu'il va trop loin. Je joue avec le malaise, mais aussi avec le plaisir honteux d'aimer un tel personnage. Seul le roman permet un tel plaisir de par la relation très intime, exclusive, qui se crée entre l'auteur, ses personnages et le lecteur!» soutient David Goudreault.

Car malaise il n'hésite pas à provoquer, notamment quand il met en scène Pédo, incapable de réagir à la beauté adulte d'une comédienne vue à la télévision, mais se souvenant de son effet sur lui en se rappelant un Conte pour tous...

«J'ai moi-même éprouvé un véritable malaise quand j'ai rencontré des pédophiles lors d'ateliers en prison, confie l'auteur. Certes, ils ont droit au respect et à l'espoir, mais il y a quelque chose de mielleux en eux qui pue la manipulation. En tout cas, la grande différence entre eux et la population générale m'a vraiment marqué.»

S'il n'avait pas prévu signer une suite à La bête à sa mère (couronné du prix Archambault, en mars dernier), il sait aujourd'hui qu'un troisième volet sera nécessaire pour boucler les (més)aventures de son héros, en éternelle quête de sa mère et d'amour. Le titre est déjà trouvé: Abattre la bête. Reste à savoir qui le fera...

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