La BD kébécoise à l'époque du Chiendent

Dans son nouvel ouvrage, Sylvain Lemay retrace l'histoire... (Olivier Jean, Archives La Presse)

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Dans son nouvel ouvrage, Sylvain Lemay retrace l'histoire de la bande dessinée au Québec.

Olivier Jean, Archives La Presse

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Le directeur de l'École multidisciplinaire de l'image (ÉMI) et fondateur du programme de BD de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Sylvain Lemay, lance mercredi Du Chiendent dans le Printemps, livre qui se penche sur le Groupe du Chiendent et son rôle au sein du Printemps de la BD québécoise», nom donné à la période de renouveau qu'allait connaître le Neuvième art entre 1968 et 1975. Le lancement aura lieu mercredi 20 avril au café l'Élixir de l'UQO (pavillon Lucien-Brault).

Cet ouvrage de 160 pages reprend, en l'écourtant, la thèse de doctorat portant sur ce fameux «Printemps» que M. Lemay avait déposé en 2010.

L'auteur concentre ici son regard sur l'«iconoclaste» Groupe du Chiendent, essentiellement constitué du poète Claude Haffely et de trois jeunes artistes qui illustraient ses récits: André Montpetit, Michel Fortier et Marc-Antoine Nadeau. 

Créations collectives, humour et contestation politique (Jean Drapeau sera régulièrement égratigné par les coups de crayon du Chiendent) seront le moteur d'une production qui ne se cantonne pas à la BD, mais se décline en affiches, en expositions et divers happenings.

Serge Chapleau et Clémence DesRochers ont participé au collectif, de façon toutefois satellitaire, mentionne le livre. 

Sans chercher à diminuer l'importance de la contribution du quatuor à «l'ébullition» de la BD, à une époque où le Neuvième art au Québec participait à l'élan de réappropriation culturelle, Sylvain Lemay s'interroge néanmoins sur «l'aura illustre» du Chiendent, lequel «a laissé une marque finalement inversement proportionnelle à sa production». L'oeuvre laissée par le Chiendent se limite en réalité à une quarantaine de pages, laissée au fil de six mois d'activité. 

«Tous les écrits théoriques disent qu'ils ont révolutionné la BD québécoise, mais personne ne connaissait [leur travail]. C'est d'abord ce paradoxe-là qui m'intéressait, quand j'ai commencé mon doctorat», s'amuse M. Sylvain, qui se penche sur le sujet depuis près de 20 ans.

«Les planches du Chiendent étaient disséminées dans plusieurs revues; c'est la toute première fois qu'elles sont réunies au même endroit», explique M. Lemay. L'éditeur, Mém9ires - une maison d'édition montréalaise spécialisée dans les ouvrages de référence traitant du patrimoine BD du Québec - est venu jusqu'en Outaouais pour numériser les pages de ces revues désormais difficiles à trouver, mais que possédait l'ÉMI dans les rayons de sa «bédéthèque québécoises». Dix-neuf de ces planches sont reproduites en couleur.

Bien qu'il s'agisse à la base d'une analyse universitaire, ce livre ultra documenté et pointu reste étonnamment accessible. Tant les férus de BD que les amateurs d'histoire de l'art ou ceux qui s'intéressent à cette période mouvementtée de l'histoire du Québec semblent trouver leur compte au fil des pages qui se font écho au vent de contestation et à la contre-culture qui ont marqué les années 1970, se réjouit M. Lemay.  

Amnésie culturelle

Du Chiendent dans le Printemps a été lancé ce week-end au Festival de la BD francophone de Québec. Les organisateurs du festival ont saisi l'occasion pour remettre leur prix hommage, le prix Albert-Chartier, au Groupe du Chiendent.

Cela aura permis à Sylvain Lemay de rencontrer Marc-Antoine Nadeau, à qui il a remis en personne cette distinction... que l'ÉMI avait d'ailleurs remporté en 2010.

«C'était très émouvant de pouvoir serrer la main de cet homme qui occupe mon esprit depuis si longtemps», témoigne le chercheur, heureux de pouvoir contribuer, grâce à ce livre, à rendre justice à cette «période mythique»... 

M. Lemay s'attriste de constater une forme d'«amnésie culturelle» vis à vis de l'histoire de la BD en général et de celle de la Belle Province en particulier. «Quand on a démarré le programme BD, on s'est rendu compte que les étudiants qui arrivaient connaissaient mieux l'histoire de la BD en Europe, aux États-Unis ou au Japon que la notre. Heureusement, les choses ont pas mal changé depuis», souligne celui qui dispense des cours d'histoire de la BD québécoise à l'ÉMI. 

Alors que «le milieu de la BD québécoise est quasiment inexistant avant 1968», rappelle-t-il, «l'expérience du Chiendent aura servi de catalyseur», puisque c'est dans l'onde de choc du Groupe que fleuriront, au début des années 1970, de multiples revues (dont le fameux Hydrocéphale entêté et Made in Kébec, mais aussi La Pulpe, en Outaouais) et qu'apparaîtront de nouveaux auteurs portant fièrement l'étiquette fleurdelysée «BD kébécoise», ou «BDK».

Des lancements de BD tous azimuts

La BD en Outaouais connaît une semaine faste.

Outre le lancement de Du Chiendent dans le Printemps, les finissants du programme de BD de l'UQO exposeront leur oeuvres à partir de jeudi à l'Agora de l'UQO, au pavillon Lucien Brault.

Par ailleurs, le bédéiste gatinois Guillaume Perreault lancera de son côté Le facteur de l'espace ce jeudi, à l'occasion d'une séance de dédicace qui aura lieu au bistro CoqLicorne, en formule 5-à-7. Publiée aux Éditions de La Pastèque, le livre sera disponible en librairie le 14 avril. Il s'agit du deuxième roman graphique de cet auteur natif de Rimouski, qui avait publié Cumulus avec Mécanique générale, en 2014.

L'auteur-illustrateur Christian Quesnel, à qui l'on doit le roman graphique Ludwig, a vu une de ses oeuvres rééditée la semaine dernière. La maison d'édition de Québec Moelle Graphique a décidé de rééditer Aski-i, un conte illustré inspiré de la mythologie autochtone et des pétroglyphes amérindiens, que Christian Quesnel avait publié par les éditions du Vermillion en 2008. Malgré un lancement en grande pompe au Salon international du livre de Genève, en Suisse, son livre n'aura finalement connu au Québec qu'une sortie «confidentielle», de l'aveu même de l'auteur. M. Quesnel ne cache pas sa joie de voir Aski-i réimprimé, cette fois dans une édition de luxe, avec reliure en tissu: «On presque plus un objet d'art qu'un livre, comme tout ce que publie Moëlle Graphique. Son nouvel [aspect] convient bien mieux à l'esprit "fable environnementale" du récit».

Aski-i aura un tirage est très limité, et ne sera disponible que dans les librairies très spécialisées. On peut toutefois le commander via le site Internet de Moëlle Graphique.

Pour y aller

Quand? Mercredi 20 avril, à 17h

Où? Café L'Élixir (pavillon Lucien-Brault de l'UQO)

Renseignements: 819-595-3900 poste 1880

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