Elle nage: en eaux ondoyantes ***1/2

Le DroitValérie Lessard 3/5

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CRITIQUE / Elle, c'est Kat. Qui entreprend une série de 39 longueurs (elle a 39 ans) dans une piscine en Grèce (son pays natal). Elle nage, donc. Dans l'espoir de faire le point sur sa vie/la fin de son couple/son infidélité. Et, plus encore, de comprendre comment elle a pu en arriver là.

Il y a le fond du roman. Au gré des allers-retours de son héroïne, Marianne Apostolides creuse le rapport au corps: dans la relation mère-fille (qui sous-tend la grossesse, l'accouchement, l'allaitement, mais aussi l'éveil des sens que Kat observe chez son adolescente, pendant qu'elle accumule les longueurs); aussi bien que dans la relation homme-femme (avec son père, son mari, son amant). Par le biais de Kat, l'écrivaine sonde également le rapport aux sensations et connaissances portées par les mots, leur étymologie, leur complexité et profondeur.

Le plus récent titre de Marianne Apostolides s'avère peut-être encore plus affaire de forme. Suit-elle le rythme de Kat ou a-t-elle imposé le sien à son personnage? Toujours est-il que l'auteure insuffle à son texte des coulées, des prises d'air régulières, des coups de bras et de jambes scandant/orientant ses pensées, les pauses. Autant de mouvances de l'esprit que la traductrice Madeleine Stratford, responsable du programme de deuxième cycle en études langagières à l'UQO, a su rendre avec toute la finesse et l'intelligence nécessaires pour rendre justice aux effets de plume de Marianne Apostolides (dont elle avait déjà traduit Voluptés ou la réalité de l'écriture de soi, 2015). Le défi était de taille, et elle a su le relever avec brio.

Pour apprécier l'exercice, le lecteur, lui, n'a ainsi d'autre choix que de se coller au rythme des mouvements et inspirations de Kat. Des mouvements qui, à l'instar de l'écriture (et de sa traduction), sous-tendent une technique indéniablement maîtrisée, mais n'en demeurent pas moins d'une étonnante fluidité une fois qu'on a soi-même lâché prise pour s'immerger dans les eaux ondoyantes d'Elle nage. Car c'est là l'essence de ce roman: rien ne sert de vouloir saisir/retenir/contrôler chacun de nos gestes/intentions pour en connaître la finalité, il faut parfois accepter de se laisser porter par le simple fait d'être. 

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Elle nage, de Marianne Apostolides

La peuplade, 124 pages

***1/2

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