Lucide Naufrage ***1/2

Biz évoque de nouveau les liens unissant un... (Ivanoh Demers, Archives La Presse)

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Biz évoque de nouveau les liens unissant un père à ses enfants dans son quatrième roman, Naufrage.

Ivanoh Demers, Archives La Presse

Le DroitValérie Lessard 3/5

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CRITIQUE / Biz manie sa plume d'une lucidité décillante qu'il sait malgré tout teinter de lyrisme. Car il faut bien un peu de beauté dans les mots pour survivre à ce Naufrage.

Contre toute attente, Frédérick et Marieke ont réussi à avoir un enfant. Qu'ils chérissent plus que tout au monde depuis sa naissance, un an plus tôt. Or, victime d'une restructuration organisationnelle au sein de l'appareil gouvernemental, le fonctionnaire et papa de 39 ans apprend qu'il est muté au département des Archives. Où il accepte difficilement d'être «tabletté», mais surtout payé à ne rien faire.

Le jour où Frédérick décide de dénoncer ce gaspillage de fonds publics qu'il juge inacceptable, son petit monde va s'écrouler. Parce que ce jour-là, le père oubliera son fils dans son auto.

Ce n'est pas tant le drame en lui-même qui fait la puissance de Naufrage que la manière dont Biz traite la dérive d'un homme qui prend l'eau de partout et cherche désespérément à reprendre pied dans une existence où tout ce qui comptait pour lui semble lui échapper. Y compris Marieke.

Biz ne tente pas de rendre Frédérick particulièrement attachant. Pas de mièvrerie, donc, ni d'apitoiement. Si cette distance permet assurément de ne pas le prendre en pitié, elle pourrait toutefois peut-être créer un certain détachement émotif chez certains lecteurs.

Sans surprise, les références culturelles et historiques foisonnent dans ce nouveau titre de Biz.

Comme dans ses romans précédents (on pense à La Chute de Sparte, en particulier), Biz puise abondamment aux sources grecque et romaine, citant L'Iliade ou encore certaines expressions qu'il décline en latin. Le fils du couple ne s'appelle d'ailleurs pas Nestor pour rien, comprendra-t-on.

Ici, il positionne un tableau de Krieghoff sur un mur de la maison familiale. Là, il fait lire Les Bienveillantes de Jonathan Littell à Marieke. Cela ne l'empêche pas d'évoquer aussi des éléments de culture populaire, faisant allusion tantôt à Jack Nicholson dans The Shining, tantôt à Martine à la plage ou Goldorak...

Par ailleurs, si les accents poétiques de son écriture séduisent, ils n'évitent pas nécessairement quelques excès de style ici et là. Ainsi, il vante la douceur des «outres lactées» de la nouvelle mère, pour parler de ses seins gorgés de lait...

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Naufrage, de Biz

Leméac, 136 pages

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