Denis Thériault et l'art de se correspondre

Denis Thériault ne cache pas qu'il aimerait lui-même... (André Pichette, La Presse)

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Denis Thériault ne cache pas qu'il aimerait lui-même correspondre un peu plus avec les lecteurs québécois. Traduit en 15 langues, best-seller en Allemagne, couronné du prix Canada-Japon en 2006, Le facteur émotif n'a pourtant pas trouvé le même écho ici.

André Pichette, La Presse

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Denis Thériault propose, 10 ans plus tard, une suite au Facteur émotif. À travers les yeux de La Fiancée du facteur - en librairies le 14 avril - l'auteur jette un regard sur les relations humaines en cette ère d'échanges virtuels. Avec, entre les lignes de ses haïkus, une réflexion sur la solitude, le romantisme, la notion d'effort, l'idée de correspondance et l'ivresse parfois teintée de l'angoisse de l'attente.

«Mes personnages travaillent fort. Ils luttent pour aller au bout de leurs idéaux. Ce sont des rêveurs actifs!» clame Denis Thériault.

À la base de son diptyque, un «incident fortuit» survenu il y a une vingtaine d'années, qui a lentement mais sûrement déclenché l'écriture du premier volet: «Le facteur venait de passer et j'étais en train d'éplucher mon courrier quand je suis tombé sur une enveloppe imparfaitement scellée, raconte-t-il. J'ai tout de suite eu une image de Bilodo en train de décoller une enveloppe à la vapeur...»

Si c'est de cette vision que s'est concrétisé, en 2005, Le facteur émotif, encore lui fallait-il faire dudit facteur un personnage attachant malgré ses indiscrétions. 

«J'ai quand même eu peur qu'on le prenne pour un sociopathe!» lance l'auteur en riant doucement.

Aimer de loin

À l'aube de la trentaine, Bilodo fuit la réalité, vit par procuration et se réfugie dans la virtualité. Même lorsqu'il tombe amoureux. Ainsi, plutôt que de prêter attention à Tania, qui le sert tous les jours de la semaine au petit restaurant où il a ses habitudes, il préfère s'éprendre de Ségolène. Qui non seulement échange des haïkus avec un autre homme - Gaston Grandpré, à qui Bilodo livre le courrier - mais vit surtout en Guadeloupe.

Or, ces courts poèmes japonais voyagant entre Montréal et Pointe-à-Pitre ouvrent de nouveaux horizons à Bilodo. Qui prendra au jeu d'écrire aussi des haïkus pour séduire la belle étrangère.

«Les haïkus ne faisaient pas partie de la correspondance entre Ségolène et Grandpré, au début, confie Denis Thériault. Mais leur prose m'a rapidement ennuyé et il m'a fallu trouver autre chose!»

Tombant par hasard sur un recueil de haïkus, l'auteur a senti qu'il tenait là une voie à explorer.

«À l'instar de Bilodo, je n'avais jamais écrit un haïku de ma vie! Pendant deux mois, à l'été 2004, je me suis donc enfermé, comme lui, pour écrire des dizaines et des dizaines de poèmes... dont plusieurs ont pris le chemin de la corbeille à papier.»

Sa découverte et son apprentissage de la poésie japonaise ont mené Denis Thériault à la philosophie zen. Et au Enso qui lui a notamment inspiré ces vers: «Tourbillonnant comme l'eau/contre le rocher/le temps fait des boucles».

Cette idée de boucle imprègne Le facteur émotif. Au point de l'avoir contraint à «tout réécrire pour que le roman se tienne», d'ailleurs.

Pas étonnant que le diplômé en psychologie de l'Université d'Ottawa ait été convaincu d'avoir mis un point final aux (més)aventures amoureuses de Bilodo, il y a 10 ans.

L'autre côté du comptoir

Le temps faisant bel et bien des boucles, parfois, l'auteur s'est cependant laissé porter par l'idée de son éditeur d'envisager une suite. Si bien qu'il est passé «de l'autre côté du comptoir» il y a trois ans, afin d'offrir le point de vue de La fiancée du facteur.

Denis Thériault a jonglé avec l'idée que cette dernière soit la fantasmée Ségolène (qui révélera son vrai visage). Avant de se rappeler des attentions de Tania envers Bilodo, à qui elle donnait toujours la plus grosse pointe de tarte au citron comme dessert, par exemple, dans le premier roman.

«Elle a commencé à m'intéresser par son côté eau de rose exacerbé.»

Parce qu'il va sans dire que la jeune serveuse aura ses tares et ses torts quand elle décidera de mettre le grappin sur Bilodo. Avec qui elle entreprendra à son tour une correspondance sous forme de haïkus.

«J'ai grandi à l'époque où on s'échangeait encore des lettres, où l'on s'appliquait à les écrire. Il y a quelque chose de touchant, selon moi, dans l'attente qu'une telle forme de correspondance sous-tend. Tout est dans le plaisir mêlé de crainte d'avoir à patienter pour obtenir une réponse», évoque Denis Thériault.

Nul n'est prophète

Ce dernier ne cache pas qu'il aimerait lui-même correspondre un peu plus avec les lecteurs québécois. Traduit en 15 langues, best-seller en Allemagne, couronné du prix Canada-Japon en 2006, Le facteur émotif n'a pourtant pas trouvé le même écho ici. Idem pour son précédent L'iguane, qui a cumulé les prix France-Québec/ Jean-Hamelin (2001), Anne-Hébert et Odyssée (2002), en plus de recevoir le prix Hervé-Foulon du livre oublié cette semaine.

«J'ai parfois la sensation d'être méconnu chez moi, admet Denis Thériault. Cela dit, je ne recherche pas l'attention pour moi: j'aimerais seulement que mes romans soient davantage lus par les gens d'ici. Peut-être que ça viendra un jour...»

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