Brigitte Kernel sur les traces d'Agatha Christie

En décembre 1926, Agatha Christie s'est évanouie dans... (Courtoisie)

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En décembre 1926, Agatha Christie s'est évanouie dans la nature pendant 11 jours, sans jamais éclaircir le mystère de cette disparition. Près de 90 ans plus tard, la journaliste littéraire et auteure Brigitte Kernel s'est lancée sur sa piste.

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En décembre 1926, Agatha Christie s'est évanouie dans la nature pendant 11 jours, sans jamais éclaircir le mystère de cette disparition, pas même dans son autobiographie. Près de 90 ans plus tard, la journaliste littéraire et auteure Brigitte Kernel s'est lancée sur sa piste. Pendant 11 jours, en plein hiver anglais, elle a glané des indices (faits avérés ou présumés) afin de se glisser par la suite dans le corps et l'âme de la «reine du crime» et signer Agatha Christie, le chapitre disparu.

Brigitte Kernel n'avait pas prévu écrire ce roman. Or, après avoir lu l'autobiographie de la créatrice d'Hercule Poirot et Miss Marple il y a trois ans, elle a littéralement «tout interrompu pour partir à sa recherche».

«Je suis partie sur ses pas en tant qu'auteure et non comme journaliste, parce qu'il était clair que j'avais envie d'écrire un roman, à la suite de tout ça. Je n'ai pas pu résister à la tentation d'essayer de comprendre pourquoi elle avait disparu ainsi. Ce moment de sa vie demeure un trou dans son autobiographie. Le chapitre qui devait en traiter n'aurait pas été enregistré comme il faut, bien qu'elle prétende l'avoir dicté à sa secrétaire... Tout cela me fascinait au plus haut point.»

Au point de suivre sa trace de Styles, la résidence de Sunning­dale où Agatha Christie vivait avec son mari Archie (qui voulait toutefois divorcer pour épouser sa jeune dactylo), jusqu'au Swan Hydropathic Hotel d'Harrogate (où son époux la retrouvera sous le patronyme de sa... maîtresse!). En passant par le «glauque du glauque» étang de Silent Pool (où elle songeait à attenter à ses jours) et le magasin Harrods (où elle aurait été vue déguisée en homme).

Qu'est-ce qui fascinait autant Mme Kernel, dans cette affaire? Le fait, notamment, qu'il serait «plutôt difficile de disparaître ainsi, en cette ère de médias sociaux où la photo d'une personnalité telle Agatha Christie déambulant dans des vêtements d'homme à Londres aurait tôt fait d'être captée par un téléphone intelligent et partagée à la vitesse de l'éclair sur la Toile», évoque-t-elle.

La Française a donc sillonné les villages traversés par la Britannique pendant ces 11 jours de disparition, a visité les lieux où elle s'est arrêtée, rencontré les fils et filles de cuisinière, bûcheron, etc., qui auraient croisé Agatha Christie à l'époque. Elle a récolté divers indices de sa présence, des témoignages d'événements avérés ou demeurés rumeurs. 

«Elle venait de perdre sa mère, son mari la trompait avec une femme plus jeune et plus fine qu'elle, qui avait conservé des rondeurs à la suite de la naissance de leur fille... Il est assez facile de comprendre cette femme blessée, trahie. Ses sentiments et ses complexes quant à son corps sont, au final, assez contemporains et universels. N'importe quelle femme peut se reconnaître en elle.»

À partir des entrevues menées et des confidences recueillies, il appert qu'elle était profondément malheureuse au moment où elle a disparu, résume Mme Kernel.

L'esprit Christie

Pour les besoins de sa quête, cette dernière a en outre relu quelques-uns des romans policiers d'Agatha Christie (pour la plupart déjà lus à l'adolescence), tout comme les titres plus sentimentaux qu'elle signait sous le pseudonyme de Mary Westmacott (incluant Loin de vous ce printemps, dont elle entamera l'écriture à Harrogate, apprend-on dans son roman).

Elle a également disséqué Une autobiographie, pour mieux saisir entre les lignes les nature et psychologie d'une auteure nettement plus vulnérable que «l'image froide qu'on a souvent d'elle», mais qui ne pouvait «assurément pas laisser entrevoir une telle fragilité en tant que reine du crime».

Encore a-t-il fallu à Mme Kernel trouver le bon ton pour écrire son Chapitre disparu. Tout en respectant l'esprit des années 20 et celui de l'Anglaise, elle voulait néanmoins demeurer contemporaine, «dépoussiérer» la langue et ainsi éviter les clichés.

«Je me glisse dans sa peau, certes, mais je suis une femme d'aujourd'hui. C'est quand j'ai compris que je devais l'aborder comme si j'étais en train de la traduire que toutes les pièces sont tombées en place. Et puis, Agatha Christie avait malgré tout un certain humour, qu'elle laisse poindre chez Hercule Poirot, entre autres. Je voulais que cette facette de son caractère ressorte aussi ici et là. Il devient très jubilatoire d'entrer dans la tête de personnages comme elle ou Andy Warhol, auquel je me suis déjà intéressé [Andy, Plon, 2013].»

Brigitte Kernel ne cache pas non plus s'être «beaucoup amusée à s'installer dans le style Agatha Christie», notamment en imaginant des dialogues entre Archie Christie et l'inspecteur chef Kenward, chargé de l'enquête sur la disparition de l'écrivaine. Et en créant des personnages qui sont autant de clins d'oeil aux romans de Christie, devenus avec le temps des classiques du genre.

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