Toutes les roses en elle

Andrée Christensen... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Andrée Christensen

Etienne Ranger, LeDroit

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Jardinière et poète, Andrée Christensen cultive ses deux passions dans son plus récent recueil, Épines d'encre. Ce faisant, l'Ottavienne se révèle comme jamais, dans toute sa fragilité. Au nom de son père, qui lui a transmis son amour des roses. Ainsi qu'au nom de toutes ces fleurs qu'elle porte en elle, et qu'elle se sent aujourd'hui assez forte pour laisser éclore.

«C'est un livre dans lequel je me sens très à l'aise, où je me suis permis d'être vulnérable, confirme Andrée Christensen. J'ai fait corps avec mes douleurs, mes peurs, mes doutes, la maladie, l'oubli, le vieillissement. Ce n'était pas prévu, je ne croyais pas que ça me mènerait aussi loin, à explorer ainsi mes liens avec mon père et ma mère, par exemple. Mais je suis contente du résultat, heureuse d'avoir été capable de dire autant de choses que je n'aurais pas pu avouer avant ou autrement.»

En fait, ce projet bourgeonne depuis une vingtaine d'années dans ses tiroirs. Ceux de sa mémoire, notamment. «La rose me ramène toujours à mon enfance, à mon père et son jardin, aux leçons de vie qu'il m'a transmises.»

Des textes qu'elle avait alors couchés sur papier, quelques mots et les grands thèmes sont restés. Ils se laissaient d'ailleurs deviner entre les lignes, dans les derniers vers de Racines de neige, son précédent recueil, couronné du Prix littéraire LeDroit dans la catégorie poésie, en 2014, où déjà elle évoque les «blessures jamais écrites» et «un jardin/où semer leurs désirs».

Dans Épines d'encre, la rose se fait donc voluptueuse et «danse le ciel/à en faire gémir les étoiles», mais elle se tourne aussi vers son coeur, à l'écoute de la «sagesse fertile de la faille/germe du plein». Car la rose, à l'instar de l'auteure, affiche ses cicatrices, tel ce «chemin imprévu que l'on a ignoré».

«La rose que j'ai cherché à écrire, c'est celle à la beauté imparfaite, inachevée. Celle à la fragilité qui ressemble tant à la nôtre, qui nous rapproche les uns des autres. Une rose qui souffre, qui a peur parfois ou souvent, mais qui continue à s'épanouir, même sous la pluie, même tavelée [tachetée].»

Andrée Christensen s'est donc faite rose. Tour à tour philosophique, mystique, spirituelle, charnelle. «J'ai compris que plus on se révèle, moins on est vulnérable, dans le fond.»

Elle s'est également faite hybrideur, croisant styles et sujets récurrents dans son oeuvre littéraire, de ses préoccupations féministes à sa quête identitaire. «C'est le cheminement d'une vie, finalement, que je décris, ai-je réalisé après coup», confie-t-elle. 

Quand la forme rejoint le fond

Andrée Christensen a porté une attention toute particulièrement à la présentation de ce recueil si important pour elle.

Avec l'aide de la graphiste Anne-Marie Berthiaume, jardinière, rosiériste et amie de longue date, elle a développé dans les moindres détails un véritable écrin pour ses mots et ses oeuvres visuelles.

«Nous voulions que le livre soit invitant, accueillant. Ça commence donc par une couverture au fini velours qui en fait un objet sensuel au toucher, par un format agréable à tenir en main», souligne fièrement l'écrivaine.

Du papier de couleur crème à la reproduction minutieuse de la dizaine de ses monotypes à l'acrylique, en passant par le choix des polices de caractère, tout a été soigneusement étudié pour rendre la forme d'Épines d'encre aussi riche que son fond.

«En écrivant et en concevant ce livre, je me suis créé un espace de liberté, de sécurité où j'ai pu me mettre à nu sans crainte. Il témoigne de là où je suis rendue.»

D'autres projets en bouture

Un parfum de rose imprègne depuis toujours l'oeuvre d'Andrée Christensen (la rose est notamment très présente dans son roman La Mémoire de l'aile). Or, l'Ottavienne voit dans Épines d'encre non seulement la suite de Racines de neige, mais le deuxième volet d'une trilogie de titres portant sur le jardin.

«Le troisième livre sera un essai sur le sujet, que j'ai entamé il y a au moins une dizaine d'années. Je veux pousser encore plus loin, mais par la prose cette fois, ma réflexion sur le jardin», explique-t-elle.

Parallèlement, elle planche sur un autre recueil, en droit-fil avec son poème La rose-chamane, dont le «harpon arrache aux dieux/la racine oubliée d'une langue ancienne», et qui tournera autour des oeuvres d'une amie sculptrice. «Les dernières pages d'un recueil annonce souvent un prochain projet», rappelle Mme Christensen.

Après Depuis toujours, j'entendais la mère et La Mémoire de l'aile, l'auteure peaufine également un troisième roman.

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