Luchini, le Stradivarius des comédiens français

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CRITIQUE/ Fabrice Luchini a remis au goût du jour, et brillamment, les plus grands auteurs français: La Fontaine, Céline, Rimbaud.

Année après année, ses spectacles se jouent à guichets fermés devant un public d'inconditionnels de tous âges. On finit par connaître par coeur ses meilleures répliques et ses fausses improvisations, ce qui ne diminue en rien le plaisir de le voir sur scène, au cinéma ou en entrevue. 

À ceux qui trouvent qu'il en fait un peu trop («faire du Luchini» est d'ailleurs passé dans le langage courant), il rétorque se contenter de satisfaire le client - les médias - avides de spectacle. 

Après Québec et Montréal, jouera-t-il un jour à Gatineau? Il y a de l'espoir... Exercice de flagornerie prométhéenne ou pas, dans la préface à l'édition québécoise de son autobiographie, le comédien s'exalte devant la résistance à la langue que l'on mène de ce côté-ci de l'Atlantique. Qu'on lui montre l'Outaouais sur une carte, lors d'un prochain séjour!

L'art et la répétition

Pour patienter, il y aura toujours son premier roman, récemment paru chez Flammarion et dont la sortie canadienne coïncide avec celle du film L'Hermine, de Christian Vincent, pour lequel il vient d'être sacré meilleur acteur à la Mostra de Venise. 

Luchini a le sens des affaires, il ne s'en cache pas. 

La lecture de Comédie française ne pourra se faire, pour qui le connaît bien, sans un curieux sentiment de ressassement. On y retrouve mot pour mot l'époque des premiers émois sexuels au salon de coiffure, quand Robert devient Fabrice l'apprenti coiffeur, mais aussi ses rencontres avec les intellectuels qui l'ont influencé (Roland Barthes et le coup du béret; Éric Rohmer et celui de l'exemplaire de Nietzsche), qu'il a déjà évoquées sur les planches. 

Fabrice Luchini a façonné ses petites mythologies et l'on ne se lasse de les relire. Certains passages possèdent le charme de ces histoires d'enfants racontées inlassablement avant de s'endormir. Relisons le lointain Bateau ivre, de Rimbaud, qu'il commente à merveille! Céline et l'arrivée à New York dans Voyage au bout de la nuit! La scène hilarante de Perceval le Gallois, de Rohmer («Je m'oppose radicalement au concept de l'acier au XIIe siècle» se serait insurgé l'un des rares spectateurs)!

«respirer la langue»

Fabrice Luchini partage aussi la difficulté d'être à la hauteur du corpus génial qu'il défend. Il livre un peu de sa partition de comédien pour des textes qui n'en ont pas et nous fait voir quelques rouages de l'insoupçonnable machinerie à l'oeuvre. La diction, le rythme, l'état d'esprit du personnage... Après des années de pratique, il «respire la langue» de tel auteur, «restaure le sentiment éternel» de tel autre. Un travail obsessionnel d'alchimiste!

Plusieurs passages du livre scénarisent les parties «libres» de ses spectacles, celles qui ne sont pas consacrées à la déclamation des grands auteurs, mettant fin à toute suspicion d'improvisation.

Aujourd'hui adulé, Fabrice Luchini a pourtant mis du temps à s'imposer, à être reconnu, à devenir un comédien «plaçable». Il en a souffert, mais le théâtre l'a sauvé. Pour notre plus grand plaisir!

Fabrice Luchini

Comédie française

Flammarion, 256 pages

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