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Livres et liberté: Ça doit être le poids des ans!

L'auteure Michèle Matteau représente les auteurs de l'Ontario français... (Etienne Ranger, LeDroit)

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L'auteure Michèle Matteau représente les auteurs de l'Ontario français au SLO.

Etienne Ranger, LeDroit

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Le Droit

À l'occasion du 37e Salon du livre de l'Outaouais (SLO), qui se prolonge jusqu'à dimanche, trois invités d'honneur ont pris la plume autour du thème de la liberté afin de proposer aux lecteurs du Droit un texte inédit et exclusif. L'auteure Michèle Matteau, qui mettait récemment le point final à sa trilogie Villery avec Le Long Hiver du jardinier (lequel était d'ailleurs finaliste au Prix littéraire LeDroit dans la catégorie fiction), représente les auteurs de l'Ontario français au SLO. Elle lance ici un véritable cri du coeur au nom de la liberté.

***

Je me sens lasse et désillusionnée. L'on ergote à mon sujet depuis au moins trois millénaires mais l'on me connaît bien mal. J'ai des centaines de noms: Liberté, Freedom, Libertas, Freiheit, Svoboda, Eleutheria, Ziyou... Je sors rarement sur le papier sans majuscule! Et quand c'est une voix qui intervient, l'emphase de l'intonation claironne une majuscule sonore.

En mon nom, on prie, on se bat, on emprisonne, on tue aussi. Cette contradiction me donne la nausée. Oui, l'on parle en mon nom dans toutes les langues de la planète, même lorsque je suis absente du lieu d'où émane le discours, la palabre, la harangue ou le réquisitoire. On me chasse à coup de slogans. Ou alors, on cherche à me museler.

On m'invite certes, mais est-ce bien moi que l'on désire? On me confond si souvent avec quelque mirage flou que j'en reste... confondue! Entre deux statues et deux utopies, on me bouscule, on s'en prend à mes racines. On me masque, on me cache, on triche, toujours en mon nom. On abuse de ma renommée. On m'invente une réalité où je ne me reconnais plus moi-même.

On usurpe mon nom: le droit que je suis devient une latitude banale, la carte blanche à noircir à la hâte, les libéralités, le libertinage, la privauté, la licence. Ailleurs, plus subtilement, on me confine à l'autonomie factice, à l'indépendance rebelle, à la caricature fugitive d'une crise d'adolescence. En mon nom, on guerroie contre la servitude et l'esclavage - ce qui me réjouit - mais aussitôt, le poing levé, on plonge dans la servitude de l'omnipotence et l'esclavage de ses propres caprices.

On me réduit à la souplesse physique, à l'aisance financière à 55 ans, aux voyages sans risques de mauvais temps, à la parole projetée dans la mare de l'arrogance. Et on oublie ce qui fait ma vraie grandeur: la conscience d'être, la capacité de choisir et le pouvoir sur soi.

On oublie surtout celle sans qui je ne suis qu'un mot vide de sens, sans écho, qu'un son frappé sur l'airain des bonnes intentions, ma siamoise méconnue: la responsabilité. Car existe-t-il un droit sans devoir? Une vraie puissance sans autocontrôle? Ne me suis-je pas offerte à chaque humain également?

Percluse, je frissonne lorsque j'entends des économistes qui ploient sous le joug des actionnaires appeler libre marché ce qui n'est que la tyrannie du profit. Je frémis quand les politiciens me sacrifient à une sécurité civile tendue mur à mur. Et je tremble chaque fois qu'un philosophe à la mode hisse en mon nom le drapeau noir de ses chimères verbeuses.

Je suis fragile. Discrète. Je serai toujours à défendre. Quelque part. Car je ne saurais survivre dans la pollution du manichéisme. Mon oxygène à moi, c'est la complexité puisque je ne saurais être qu'individuelle. Et l'individu, lui, bien que toujours unique, n'est jamais simple...

***

L'auteure Michèle Matteau au SLO

  • Michèle Matteau prendra la parole lors d'une table ronde sur La liberté, revue et corrigée par les femmes!. La discussion, prévue samedi à 16h30 place Yves-Thériault, réunira Monia Mazigh (Du pain et du jasmin, David) et Julie Huard (Paysâmes et miroirs du monde, David).
  • L'auteure sera aussi en tête à tête avec Gilles Archambault, dimanche à 11h30, place Yves-Thériault.

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