Des étoiles dans les yeux

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Toucher du doigt l'essence des choses, simplifier sans trahir, l'entreprise n'est jamais simple. Le philosophe français - et véritable vedette de librairies - Michel Onfray - s'associe à la star de la chanson qu'est Mylène Farmer, pour faire voir aux enfants des étoiles. Et surtout une: l'étoile polaire, laquelle donne son nom à ce conte philosophique qui, malgré sa poésie et son envie de simplicité, complique inutilement les choses.

Le récit commence par une leçon agricole: un champ, un père et son fils des patates à la main, reproduisent inlassablement (du moins pour l'aîné des deux) ces gestes simples, ancestraux, immuables, qui font la vie. Un trou, une patate, un trou, une patate. Les répétitions lexicales donnent toute la mesure du rythme lent de la scène. Le jeune tente d'amorcer un dialogue intergénérationnel avec ce père peu bavard, mais les réponses à ses questions sont rarement celles qu'il attend. On 'apprend' qu'il ne faut pas toujours se poser trop de questions face à des vérités aussi évidentes. 

Lecteurs déroutés

Car Onfray, se faisant ici l'apôtre d'un retour aux sources et aux vraies affaires (le retour à la terre, la transmission, savoir prendre le temps de regarder la voie lactée et ses constellations, etc.) essaie d'inculquer de «bonnes» valeurs tout en essayant de n'avoir pas l'air de nous faire la morale.

Dans ce premier chapitre, il sera éphémèrement question d'un pilote d'avion. Pour cela - et d'autres raisons, dont l'envie manifeste de valoriser l'émerveillement des coeurs d'enfants, ainsi que les aquarelles un brin naïves de Mylène Farmer - on croit sentir la volonté d'Onfray de marcher dans les pas de Saint-Exupéry. Mais son cheminement est plus balourd, et les traces que le philosophe laisse dans le sable poétique sont moins subtiles.

Onfray se distanciera toutefois assez vite de la veine du Petit Prince ou de Tistou les pouces verts (Maurice Druon), pour poursuivre un récit qui explore davantage la mythologie nordique. Yggdrasil l'arbre-monde servira de nombril et de point de départ à ce récit odysséen qui, à partir d'un rêve du garçon, plonge rapidement dans de l'imagerie viking, au milieu de l'océan, des baleines et des snekkars. Avec une petite pointe de mysticisme. Et quelques passages qui risquent de dérouter les jeunes lecteurs.

De son côté, Mylène Farmer, déboutant nos appréhensions initiales - on ignorait que la chanteuse était déjà l'auteure d'un conte illustré, Lisa-Loup et le Conteur (éditions Anne Carrière, 2003) - signe, à l'encre et l'aquarelle, des illustrations légères et poétiques, parfois figuratives, parfois impressionnistes ou symbolistes. «Il y a un lexique commun entre Mylène Farmer et Michel Onfray, puisque tous deux entretiennent une relation particulière au sacré, au mystère, au fantastique, à la fidélité spirituelle», écrit l'éditeur, Grasset, comme pour esquiver tout reproche sur l'aspect marketing de cet improbable tandem.

Michel Onfray et Mylène Farmer

L'Étoile Polaire

Grasset, 64 pages

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