La parole pour s'enraciner

Christiane Duchesne... (Courtoisie)

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Christiane Duchesne

Courtoisie

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À l'instar des trains, de l'eau et des pianos, le silence baigne chacun des romans de Christiane Duchesne. Or, dans Mourir par curiosité, une tante habituellement silencieuse prend la parole dans l'espoir de sortir Emmanuel du coma dans lequel il est plongé. Rose raconte, voire invente, les personnages perchés sur les branches de leur arbre généalogique familial, portée par la volonté d'enraciner l'adolescent de 17 ans dans son histoire. Et de le ramener au présent.

Christiane Duchesne l'avoue: entourée «des plus fous aux plus straight» des siens, elle a «toujours eu le sentiment de faire partie de quelque chose, d'un tout».

De plus, la sexagénaire a grandi parmi des conteurs. «Quand ma grand-mère Audet racontait une histoire dans laquelle un personnage se retrouvait les quatre fers en l'air, elle tassait les meubles et mimait la scène, couchée sur le sol!»

Elle est aussi issue d'une lignée comptant des figures particulièrement «époustouflantes», hautement inspirantes, que l'un de ses oncles a débusquées en remontant le cours du temps jusque dans les années 1580.

Collineau de Montaguerre et Jean Audet dit La Pointe? «Vrai!» clame Christiane Duchesne.

Marie-des-Neiges qui, en 1931, partira seule vers l'ouest pour retrouver son promis, et dont Rose évoque la traversée du pays à Emmanuel? «Si je me souviens bien, c'est une cousine de ma grand-mère», soutient l'écrivaine.

La Selena qui s'évanouira littéralement dans les airs, au milieu des années 1940? «Elle aussi, elle a existé... a priori

Car l'auteure de L'Homme des silences, L'Île au piano et Mensonges s'est amusée à mettre en scène une galerie de personnages plus grands que nature, auxquels elle s'est parfois permis d'apporter quelques touches de fiction de son cru.

«Ce que j'ai pris plaisir à écrire ce roman! lance-t-elle gaiement. À décrire ces hommes et ces femmes, dont certains demeurent des êtres de pure fiction, mais dont plusieurs font partie du passé de ma famille... en tout ou en partie!» 

Ce sont donc ces gens - «Aux lecteurs de départager, ou pas, ceux qui appartiennent à la réalité ou à la fiction!» - que Rose décide de raconter à Emmanuel, prenant le pari qu'il l'entend.

«Pendant que tout le monde au chevet de Manu parle de lui comme s'il n'était pas là, Rose, elle, s'adresse à lui directement. Elle devient son fil à plomb.»

Parce que l'adolescent a beau être dans le coma, il n'en est pas moins conscient. Tel un volcan sur le point d'exploser. Ou d'imploser.  

«Je me suis documentée sur le coma, pour être certaine que Manu pouvait bel et bien entendre Rose», fait valoir celle qui a également fait des recherches sur les trajets de train entre Montréal et Edmonton, pour étoffer le parcours de Marie-des-Neiges, par exemple.

Hier pour aujourd'hui 

À la base, Christiane Duchesne (qui a entre autres signé la série jeunesse  Voyage au pays du Montnoir) pensait écrire pour les moins de 12 ans.

«J'avais en tête un recueil de contes pour faire réfléchir les jeunes sur leurs origines, pour qu'ils comprennent qu'ils viennent tous de quelque part, qu'ils s'inscrivent dans la durée», explique-t-elle.

Or, les enfants s'avèrent présents dans son roman. Ils viennent d'ici ou d'ailleurs, fréquentent des écoles défavorisées, où Rose (comme Mme Duchesne) travaille avec eux sur des projets de création. 

En leur faisant inventer des histoires, Rose cherche à les enraciner par la parole tout comme elle tente de faire remonter Emmanuel à la surface en lui racontant les ancêtres qu'ils partagent.

«Ces enfants que je rencontre dans ces écoles n'ont pas l'impression de savoir où ils vont parce qu'ils ne savent pas toujours d'où ils viennent. Ce sont des déracinés auxquels il faut transmettre un sentiment d'appartenance, malgré les branches pourries que leur arbre généalogique peut parfois comporter...»

Autant d'enfants auxquels il faut, selon elle, «passer un flambeau» afin de leur donner une chance d'éclairer le chemin devant eux.

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