Bado lance son 11e recueil

Bado ne compte pas remiser ses crayons avant... (Martin Roy, LeDroit)

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Bado ne compte pas remiser ses crayons avant d'avoir signé son 10000e dessin au journal.

Martin Roy, LeDroit

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Le caricaturiste du Droit Guy Badeaux - Bado pour les intimes et la grande famille des lecteurs - fait paraître ce jeudi son onzième recueil de caricatures, intitulé Qui ça, bêtes et méchants?.

Une centaine de dessins publiés dans notre journal depuis 2014 (à deux exceptions près) sont réunis sous ce titre en clin d'oeil et hommage à Charlie Hebdo, dont la rédaction a été décimée en janvier 2015 (et à l'ancêtre de l'hebdomadaire satirique français, Hara-Kiri, autoproclamé «journal bête et méchant»).

Le lancement de ce livre tout en couleur, publié aux Éditions David, aura lieu à la Librairie du Soleil d'Ottawa, de 17h à 19h.

Son recueil fait l'impasse sur les dossiers locaux, Bado préférant poser son regard décalé sur la politique canadienne - croquant logiquement la fin du règne des conservateurs à Ottawa ou le régime minceur imposé au Québec - et l'actualité internationale... en ne se privant pas d'écorcher à quelques reprises les excès de sa «tête de turc favorite en ce moment», Vladimir Poutine. Une dizaine des dessins colligés ici ont été repris par le Courrier international.

Bado amorce son livre avec un sujet qui le touche de proche, en consacrant un petit chapitre (six dessins, dont un inédit) à l'attentat terroriste qui a ensanglanté Charlie Hebdo. Le 7 janvier, il a perdu bien davantage que des confrères dessinateurs: il a perdu son vieil ami Tignous, nom de plume de Bernard Verlhac, à qui ce livre est dédié.

«Je décidais de faire le voyage à Paris, incapable que j'étais de passer à autre chose et de traiter de sujets qui me semblaient désormais dérisoires», relate Bado dans son avant-propos, illustré par deux dessins qui lui avait offerts Tignous.

Le sujet était «incontournable». Par solidarité pour la communauté des caricaturistes de presse. Mais aussi parce qu'«avant, la première question que les gens me posaient, c'était "Connaissez-vous [Serge] Chapleau?"; aujourd'hui, c'est "Que pensez-vous de Charlie Hebdo?"» illustre Bado.

«Poète méchant»

«La première fois, au Danemark, ça n'a pas marché... mais ça plane au-dessus de nos têtes depuis ce temps-là», souffle-t-il, en référence aux caricatures de Mahomet publiées en 2005 par le quotidien danois Jyllands-Posten, et que Charlie Hebdo republiera quelques mois plus tard.

Bado est endeuillé, compatissant, mais l'attentat meurtrier n'a rien changé à son travail quotidien.

Lui, préfère l'humour poétique aux gags corrosifs. «On m'a souvent traité de "poète méchant" et j'aime bien ça.»

Certes, il s'est déjà attiré la rancune de certains politiciens courroucés, et reçoit occasionnellement les plaintes de lecteurs froissés dans leurs sensibilités religieuses, par une croix ou une étoile jugée trop ostentatoire. Mais il n'a jamais dessiné Mahomet, car il refuse de mettre en danger la vie de ses collègues ou des livreurs de journaux - ce que clarifiait déjà le titre du recueil qu'il a publié en 2010, Sans dessins du Prophète. «S'ils ne peuvent pas s'attaquer à toi, les fanatiques vont s'attaquer aux symboles.»

S'il nourrit «souvent des regrets» vis-à-vis de certains dessins, c'est rarement à cause du gag, mais pour des raisons purement graphiques. Bado est vite insatisfait de la version finale, livrée pour satisfaire le rythme de production. C'est pourquoi il a passé beaucoup de temps à retravailler de nombreuses caricatures avant de les envoyer aux éditions David.

L'artiste est méticuleux, se rend-on compte en découvrant ses «petites retouches»: ici, le regard de Poutine est précisé; là, une mèche de cheveux de Donald Trump est réajustée, etc. «Ce sont des détails qui m'achalaient. Et parfois, de vraies erreurs d'observations», estime le portraitiste, qui s'amuse à nous laisser deviner les différences entre les esquisses (désormais numériques) affichées sur l'écran de son ordinateur.

Thématiquement ordonnés sur la grande étagère qui trône à côté de sa table de travail, s'amoncellent livres d'arts et anthologies publiées par ses confrères caricaturistes des quatre coins de la planète, dont plusieurs recueils de Tignous. Car trouver une idée de gag ne suffit pas toujours: encore faut-il être certain d'en avoir la paternité. Afin d'éviter tout plagiat, Bado est devenu avec le temps, une sorte d'archiviste graphique, répertoriant les gags des caricaturistes proches ou lointains, et organisant des montagnes de coupures de presse en dossiers classés par année.

(Aujourd'hui, Internet lui permet de retracer facilement les oeuvres signées d'un bout à l'autre de son réseau.)

Bien sûr, la mémoire peut jouer des tours. «Des fois, t'oublies même des gags que tu as faits plusieurs années auparavant», sourit celui qui est à l'emploi du Droit depuis 1981. «Je suis arrivé en mai, en même temps que Mitterand [a été élu président en France]; c'est d'ailleurs un des tout premiers dessins que j'ai faits.»

Trente-cinq ans et 8978 dessins plus tard, Bado commence à peine à ralentir la cadence. En préretraite depuis le mois dernier, il ne signe plus que trois dessins par semaine dans notre quotidien.

 «Ça me laisse plus de temps pour trouver mes idées», se réjouit Bado. Et me consacrer à mes autres activités», que ce soit son blogue, son rôle de trésorier pour le Rendez-vous de la BD de Gatineau, ou son boulot de coordonnateur du Concours international de dessin pour la liberté de la presse.

Pour y aller

Quand? Jeudi 18 février, 17h à 19h

Où? Librairie du Soleil d'Ottawa (33, rue George)

Renseignements: 613-830-3336 ou www.editionsdavid.com

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