(Se) faire peur à deux têtes et quatre mains

Alexandra et Alexander Anhoril... (Courtoisie)

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Alexandra et Alexander Anhoril

Courtoisie

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Derrière Lars Kepler se cache le couple - à la ville comme devant l'ordinateur - Alexandra et Alexander Anhoril. Mariés depuis plus de 20 ans, les Suédois écrivent des polars à (se) donner froid dans le dos. Et avec un succès qui ne se dément pas, depuis la parution de leur premier roman L'Hypnotiseur, paru en 2010 en version française. Les voilà de retour avec un cinquième titre, Désaxé, dans lequel ils ramènent justement ledit hypnotiseur, Erik Maria Bark. Pour le meilleur et pour le pire.

En rigolant, à l'autre bout du fil, Alexandra et Alexander Anhoril s'entendent à dire... qu'ils se sont longtemps et souvent obstinés à tenter d'écrire ensemble.

«Nous sommes tous les deux auteurs et nous pensions qu'il serait intéressant de trouver un projet pour travailler ensemble...» entame-t-il.

«On a d'abord essayé d'écrire une histoire pour enfants, puisque nous en avions, mais ç'a été désastreux!» continue-t-elle.

Ils se sont ensuite tourné vers le théâtre, Mme Anhoril ayant déjà été comédienne, dans l'espoir de faire débloquer les choses. 

«Mais ça n'a pas été non plus», mentionne le premier.

«Nous avions des visions et des styles beaucoup trop différents», fait valoir la seconde.

Puis, est arrivé le moment où, il y a un peu moins de 10 ans, ils ont eu l'idée de créer un pseudonyme. 

Il lui a dit: «On devrait s'appeler Kepler.»

Elle lui a répondu du tac au tac: «Lars. Lars Kepler.»

Tradition littéraire

«Presque simultanément», soutiennent-ils quasiment d'un même souffle, les deux amateurs de thrillers au cinéma ont aussi décidé de tâter du roman policier.

«La Suède a une longue tradition dans le domaine du polar», souligne Alexander Anhoril.

«C'est aussi un genre très démocratique, puisque des gens de tous les horizons lisent des romans policiers, renchérit son épouse. Et c'est un genre littéraire qui nous permet de mettre en lumière les travers de nos sociétés, ses différentes couches.»

Et de jouer avec leurs propres champs d'intérêt et, surtout, leurs «plus grandes peurs».

C'est d'ailleurs à la suite de leur déménagement dans une maison aux larges fenêtres donnant sur la rue qu'ils ont eu le flash pour la trame de Désaxé, qui aborde le thème de l'obsession du voyeur (ou stalker).

«Une fenêtre, le soir ou la nuit, ça peut être la possibilité pour quelqu'un de te voir, de t'observer dans ton intimité, sans que toi, tu ne puisses voir cette personne ou te douter qu'elle soit là, soutient M. Ahnoril. Il y a aussi le fait qu'Alexandra a déjà été victime d'un stalker avant qu'on se rencontre. On est donc partis de ça pour bâtir notre histoire.»

Une histoire qui leur donnait aussi un prétexte pour ramener Erik Maria Bark, celui-là même qui,  six ans auparavant dans L'Hypnotiseur, s'était retrouvé plongé au coeur d'un drame familial dont son «patient» était l'unique témoin encore en vie.

«Une série est géniale pour ça, d'autant que nous avions tous les deux l'impression que nous n'en avions pas fini, avec Erik!» précise Mme Anhoril.

Leur série de romans se décline cependant autour de l'enquêteur Joona Linna.

«C'est notre héros, Joona, même si on est bien conscients de lui en faire baver, par moments», évoque l'auteure.

«Mais Joona n'est pas un super-héros, intervient son complice. Cela dit, il n'a pas peur comme nous, et nous lui faisons confiance pour résoudre les affaires auxquelles il est mêlé.»

Au gré des romans, Joona Linna a pourtant dû accepter de couper les ponts avec sa femme et sa fille pour leur sécurité. Il est même porté disparu dans les dernières pages du Marchand de sable (2014). Il n'est évidemment pas mort (quoique plus très fort...) et va se retrouver parmi les sans-abri des rues de Stockholm, dans Désaxé.

«Au cours des dernières années, nous avons vu de nombreux réfugiés arriver sans rien au pays et devoir survivre dans la rue. Nous devons aussi témoigner de ça, dans nos romans», dit Mme Anhoril.

Un pseudonyme comme espace de liberté

S'ils demeurent branchés sur la réalité, ils se permettent malgré tout de devenir quelqu'un d'autre, grâce à leur pseudonyme.

«Lars Kepler aime boire du thé et manger des sablés au citron, alors que nous sommes plutôt des consommateurs de café!» illustre en riant Alexander Anhoril.

Depuis l'arrivée de Lars Kepler dans leur vie commune, ils écrivent côte à côte, chacun à son ordinateur, dans un espace de liberté complet et partagé. 

«Il n'est pas question que l'un de nous devienne l'expert du couple sur un personnage ou un aspect particulier de la série», explique Alexandra Anhoril. 

«Nous partageons les recherches, le développement de l'intrigue et des scènes clés. Ensuite, nous nous installons à nos bureaux et nous travaillons», indique son mari.

À toutes les 30 minutes, ils s'échangent des courriels, contenant le texte sur lequel ils planchent. Il n'est alors pas rare qu'ils s'échangent des regards inquiets, quand l'action devient particulièrement troublante, voire violente.

«Des fois, je ne peux m'empêcher de me demander qui est cette femme qui est assise là, tout près de moi, et qui est en train de décrire le meurtre d'un personnage!» clame l'homme.

«Il m'arrive de faire des cauchemars, après avoir lu certaines scènes peaufinées par Alexander!» lance la femme.

Or, quand il se font peur comme ça, ils savent qu'ils sont sur la bonne voie.

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