Sur la piste de la fille de Mademoiselle de Paris

Michel Normandeau... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Michel Normandeau

Etienne Ranger, LeDroit

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Les dernières notes des représentations de Mademoiselle de Paris n'avaient pas encore fini de résonner entre les murs du Théâtre de l'Île de Gatineau, en octobre 2011, que l'histoire de sa famille rattrapait de nouveau Michel Normandeau. Cette fois, il avait rendez-vous avec un autre visage du passé de son grand-père: Lily-Marlène, la fille d'Eugène et de Victorine, son grand amour gardé secret pendant 30 ans.

L'auteur-compositeur-interprète a donc suivi les pas de cette inconnue de l'Allemagne à l'Outaouais, en passant par Paris et Montréal, pour raconter un autre pan de sa vie et du 20e siècle par le biais d'un tout premier roman, Dis-moi, Lily-Marlène.

«Je ne la connaissais pas, Lily-Marlène, avant de me lancer dans l'aventure musicale de Mademoiselle de Paris, confirme Michel Normandeau, attablé devant un café. Si elle a décidé d'entrer en contact avec moi, il y a cinq ans, c'était sûrement parce que c'était pour elle une façon de clore certains chapitres de sa propre existence...»

Mais a-t-elle vraiment communiqué avec lui après avoir entendu parler sur la Toile du spectacle dans lequel l'ex-Harmonium contait l'histoire d'amour de sa mère et d'Eugène - que l'aïeul du Gatinois «a vraiment tenue cachée pendant trois décennies» aux siens - entrecoupée de vieilles chansons françaises?

«Je savais que tu allais me demander ça! lance Michel Normandeau. Et je me demandais d'ailleurs comment j'allais trouver le moyen de la contourner...»

Laisser planer le doute

Ce n'est pas tant qu'il ne veuille pas répondre, mais l'auteur préférerait laisser planer un peu de mystère entre ce qui relève de la réalité et le soupçon de fiction qu'il a saupoudrés dans l'histoire qu'il propose aujourd'hui aux lecteurs. D'ailleurs, il s'empare de son livre, le feuillette pour en lire un extrait, sur les questions que les spectateurs de Mademoiselle de Paris lui posaient invariablement, lorsqu'il allait à leur rencontre, après chaque représentation:

«Est-ce que Victorine est retournée en France après la mort de votre grand-père?

- C'est-tu vrai, cette histoire-là?

- Pourquoi ont-ils gardé le secret si longtemps?

Et moi, je leur répondais toujours avec cette même phrase, un petit sourire en coin:

- Qu'est-ce que vous en pensez, vous?»

Michel Normandeau referme le bouquin avec, sans surprise, ledit sourire en coin.

«J'ai beaucoup insisté sur le libellé "roman personnel" qui apparaît sur la page de garde, à l'intérieur, souligne-t-il. Le "je" du livre, c'est moi, évidemment, mais l'histoire, elle, est quand même un brin romancée. La relation secrète de 30 ans de mon grand-père Eugène avec Victorine, c'est vrai. Pour le reste...»

Pour le reste, il veut que les gens plongent dans Dis-moi, Lily-Marlène sans a priori, pour le seul bonheur de se laisser transporter par «une belle histoire», sans nécessairement chercher à faire la part des choses entre ce qui relève du vrai et du mis en scène, soutient-il.

Or, accepte-t-il toutefois de mentionner, plusieurs personnages, les lieux visités des deux côtés de l'Atlantique, la semaine qu'il a notamment passée seul en compagnie de Lily-Marlène à Paris à retracer son enfance et ses années de jeune femme à l'été 2014 «sont bien réels».

Et puis, il y a aussi cette fascinante chanson, Lily Marleen, dont il retrace l'histoire en filigrane, et dont le titre teinte divers aspects de la trame de son livre.

«Ce roman, c'est finalement ma vision du 20e siècle, ma manière d'évoquer des événements et milieux que je connais, ou sur lesquels j'ai fait des recherches. Comme ces enfants de la guerre, issus de relations entre soldats nazis et femmes françaises, ou encore d'Allemandes et de prisonniers français... Il en existe 200 000, qui ont grandi avec un passé difficile à porter, une fois la Deuxième Guerre terminée!»

À travers Lily-Marlène, et sa tentative de percer dans le monde masculin de la musique au début des années 1970, entre autres, Michel Normandeau rend compte des coulisses d'un univers qu'il a lui-même fréquenté «de l'intérieur», à l'époque d'Harmonium.

Créer autrement

En s'installant devant l'écran blanc de son ordinateur pour écrire Dis-moi, Lily-Marlène, le sexagénaire était porté par le geste de créer. Et de le faire autrement que par les voies précédemment empruntées au cours de sa carrière, que ce soit ses années passées au sein d'Harmonium (à cohabiter avec Serge Fiori pendant des semaines quand venait le temps d'écrire et composer les chansons du groupe), comme fonctionnaire (notamment à la tête de Musicaction) ou à titre de chroniqueur aux Divines Tentations à la radio de Radio-Canada et conférencier sur la chanson française.

«Il y a le geste: celui de faire de la recherche, d'écrire, de créer, explique Michel Normandeau. Pour moi, tout le plaisir tient à ça, à préparer ma matière, à la travailler et  la retravailler, pour ensuite me sentir à l'aise de la partager.»

D'ailleurs, il n'hésite pas à dire que ses plus beaux souvenirs d'Harmonium, ce sont «les mois passés à écrire avec Serge [Fiori], bien plus que les spectacles!»

«J'aime la page blanche, le temps en solitaire que la création exige», renchérit-il.

Or, quand il s'est lancé dans l'aventure de raconter Lily-Marlène, c'était sans prévoir qu'il finirait par publier un livre.

«J'avais plutôt l'idée d'un autre spectacle mariant conte et chansons. Un peu comme Mademoiselle de Paris

Sauf qu'il a écrit sans vraiment s'arrêter, laissant les différents morceaux de son histoire s'imposer, s'imbriquer,

«Je connaissais le début, dont l'action se déroule au Théâtre de l'Île, et j'avais cette scène qui se déroule, près de la fin, dans le bureau de mon grand-père, mentionne Michel Normandeau. J'ai essayé de structurer l'entre-deux, mais j'ai trouvé ça plate, comme exercice, et j'ai préféré laisser Lily-Marlène me dicter le chemin à prendre!»

Ce chemin ramènera d'ailleurs - et pour son plus grand bonheur - l'auteur au Théâtre de l'Île, le 9 février prochain, pour le lancement officiel de son roman. «Une belle façon de boucler la boucle!» clame-t-il gaiement.

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