Ailes de taule, liberté de parole d'homme

Son expérience en milieu carcéral a incité Éric... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Son expérience en milieu carcéral a incité Éric Charlebois à sortir de ses carcans poétiques.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Après avoir donné quelques séries d'ateliers en milieu carcéral, au cours des deux dernières années, le Franco-Ontarien Éric Charlebois ne cache pas avoir été par la suite longtemps «intimidé» par sa liberté.

Il s'est donc délibérément imposé un carcan, pour Ailes de taule: celui de sortir de la forme poétique, telle qu'il l'a toujours conçue depuis son tout premier recueil, Faux-fuyants, publié en 2002. Ainsi, son plus récent titre a beau arborer la mention «poésie» sur sa couverture, il s'apparente à ses yeux beaucoup plus à une forme de récit.

Ou, pourrait-on dire, à une forme de dialogue entre hommes. Entre un père et son fils. L'un est en prison «mais ce n'est pas toujours clair lequel d'entre eux l'est véritablement», soulève Éric Charlebois.

«Il se demande si l'autre pense à lui, à travers les barreaux/de ses cils

L'auteur met donc en scène ce fils et son père. Évoque l'absence, le silence, le non-dit, le manque. Et la femme, aussi, muette, voire spectrale, mais bien présente, en tant qu'amante comme en tant que mère.

«Faire un enfant à un homme, c'est faire du berceau une/prison

«Ailes de taule vient encore plus des tripes, c'est pour ça que j'avais besoin de me camoufler sous une autre forme», soutient le principal intéressé.

Pourtant, sa propre relation avec son paternel n'a rien à voir avec celle explorée dans son livre. «Elle est aux antipodes!» tient-il à préciser.

Pour ce texte, par lequel Éric Charlebois creuse les notions d'emprisonnement et de liberté, il lui fallait «absolument» des figures masculines. Parce qu'à la source, il y avait ce milieu d'hommes rencontrés «en-dedans».

«Si drame et aspect scabreux il y avait, il fallait que ce soit entre hommes», affirme-t-il.

Il était par ailleurs essentiel pour lui d'inventer de toutes pièces. «Je ne voulais pas raconter quelque chose qu'un détenu m'aurait confié.»

Il n'en demeure pas moins que, tant par le fond que par la forme, la prison se fait sentir. Notamment dans l'horizontalité de son texte. Si Éric Charlebois a jusqu'à maintenant habitué le lecteur à une mise en page très verticale de ses poèmes, accentuée par un découpage minutieux, syncopé de ses vers, l'auteur occupe aujourd'hui plus d'espace. Ses phrases s'étirent, d'un bord à l'autre de la page.

«Je vois encore les couloirs des prisons, le long desquels s'alignent des portes qui sont toutes fermées... Ça donne une autre dimension à l'horizon, quand tu es amené à t'y promener. J'avais envie de faire écho à ça.»

Depuis ces ateliers avec des détenus, Éric Charlebois n'a d'ailleurs plus qu'une envie: que la liberté dont il jouit compte. Entre autres dans sa manière même d'aborder l'acte d'écriture.

«Je n'ai plus le goût de faire des jeux de mots comme avant. Je réalise que c'était un moyen de me sortir de l'émotion de ce que j'étais en train d'écrire, confie l'homme qui franchira le cap de la quarantaine cette année. Non, maintenant, je veux plutôt donner dans les jeux de forage, toucher à une certaine poésie de la douceur, mais une douceur d'où surgiront quand même quelques pointes plus cyniques, parce que c'est moi!»

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