Les victimes de Charlie Hebdo commémorées

Le DroitYves Bergeras 3/5

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Charlie Hebdo, l'hebdomadaire satirique redécouvert à travers le monde entier le 7 janvier 2015, il y a un an jour pour jour, à la suite de l'attentat qui a décimé sa rédaction, fait paraître aujourd'hui un numéro spécial intitulé L'assassin court toujours, dans lequel ses caricaturistes ciblent plus particulièrement les intégrismes de tout poil.

Les rescapés et les nouvelles recrues de Charlie n'ont pas non plus failli à la tradition annuelle en publiant, fin 2015, un volumineux recueil compilant les meilleurs dessins de la revue entre 2014 et 2015. Intitulée Tout est pardonné (reprenant ainsi le slogan du fameux «numéro des survivants», ce nº 1178 tiré à presque huit millions d'exemplaires (en comptant les réimpressions), cette compilation «dézingue» elle aussi l'actualité et les «fous de Dieu». 

Le recueil fait - pouvait-il en être autrement? - la part belle aux victimes en dédiant à Cabu, Honoré, Charb, Tignous, Wolinski un chapitre complet, venu se glisser entre les plus traditionnelles sections thématiques - lesquelles abordent cette fois les élections présidentielles de 2017,  les dessous financiers du milieu sportif, la crise des migrants, le FMI, la famille Le Pen, etc.

Comme pour prouver que les munitions de la terreur ne sauraient avoir raison de la profession de foi des dessinateurs, les morts et les vivants - Riss, mais aussi Luz, qui a quitté le navire entre-temps, sans oublier Willem, Pétillon, Catherine, Coco, Félix, Barbouse, Foolz, Sepp Blatter et Ali Dilem - potaches et bravaches, trempent leurs pinceaux dans le même humour provocateur, dans la même absence générale d'autocensure, mêlant joyeusement phallus et gadgets à fesses au milieu des signes religieux ostentatoires, des symboles de pouvoir et des signes de connerie manifeste. «Désolé, vous allez devoir supporter Charlie Hebdo encore longtemps», prévient-on sur le quatrième de couverture.

Certaines «subtilités» de l'actualité politique française, faute de contexte, échapperont au lecteur nord-américain lambda. La production annuelle de Charlie ayant été moins faste que les années précédentes, cette «crème de la crème» n'est pas aussi savoureuse que certains plus vieux crus, mais le recueil réserve quelques éclats de rire, pour peu qu'on apprécie l'humour noir, le rire jaune et la blague grasse.

Dans sa préface, le caricaturiste et nouveau directeur de publication Laurent Sourisseau, dit Riss, rend un dernier hommage - où la tendresse se substitue aux effets de manche comiques - à chacun de ses confrères «qui ont payé le prix fort leur droit à s'exprimer librement». Une partie des bénéfices du livre sera reversée aux blessés et aux familles des disparus du journal. Difficile de ne pas cautionner les yeux fermés...

Collectif

Tout est pardonné

184 pages,

Éditions Les Échappés

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