Le pouvoir du photoroman

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Avec L'Envers du décor, le scénariste Guillaume Corbeil et les réalisatrices et directrices Chélanie Beaudin-Quintin et Émilie Mannering revisitent avec brio le photoroman. Et prennent un malin plaisir à rappeler qu'il ne faut pas toujours se fier aux apparences.

L'idée de base paraissait a priori fort simple. «On voulait reprendre le concept du photoroman, mais avec une esthétique d'aujourd'hui», raconte Chélanie Beaudin-Quintin, jointe en compagnie de Guillaume Corbeil par le biais de Skype, cette semaine.

Alors qu'elle a une formation en arts visuels et médiatiques, sa comparse Émilie Mannering est designer graphique et a réalisé un court métrage (Star). Leur collègue masculin, lui, a notamment signé des pièces de théâtre (dont Cinq visages pour Camille Brunelle), un recueil de nouvelles et un roman.

Ils ont uni leurs forces dans le but de renouveler la forme, tout en s'éloignant définitivement des bluettes à l'italienne, donc du côté traditionnellement kitsch du fond, «On a donné un cachet film noir à l'ensemble, pour apporter un autre genre au photoroman et pour s'approcher plus du livre d'art», renchérit celle qui a initié le projet.

L'Envers du décor met donc en scène la photographe Marine Lévy (Mariflor Véronneau) et le détective Kurt Ausselberger (Ghislain Taschereau). Chacun recevra d'étranges messages qui les amèneront à enquêter ensemble sur un magnat des médias et aspirant politicien dont le prochain mariage défraie les manchettes.

«Je tiens quand même à préciser que j'ai écrit mon histoire avant que Pierre-Karl Péladeau devienne le chef du PQ et qu'il se marie avec Julie Snyder!» lance Guillaume Corbeil, en riant à l'écran.

Ce dernier n'avait «aucune idée de comment écrire» un scénario de photoroman. Il s'est néanmoins lancé dans l'aventure avec une envie de faire jouer un rôle à la photographie et de réfléchir à la notion d'image.

«Les filles m'avaient donné deux options: une histoire d'amour ou une histoire de détective. À partir de la deuxième, j'ai développé une trame où les photos en tant que telles sont au coeur de l'intrigue, pour renvoyer au photoroman, justement, mentionne-t-il. Mais où les jeux d'apparence et l'idée de réduire des artistes à une image sont aussi des thèmes abordés.»

Apprendre dans le feu de l'action

À l'instar de Guillaume Corbeil - qui a dû tantôt couper dans le nombre de décors, tantôt revoir le découpage de son histoire - Chélanie Beaudin-Quintin et Émilie Mannering ont aussi appris sur le tas.

«C'était vraiment comme tourner un film, mais sans le son. Il a fallu qu'on prenne des décisions aussi subtiles que: veut-on que nos personnages donnent l'impression de parler ou qu'ils prennent une pose, bouche fermée, pour rendre l'intention du texte?» cite en exemple Chélanie Beaudin-Quintin.

Guillaume Corbeil... (Courtoisie) - image 2.0

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Guillaume Corbeil

Courtoisie

Chélanie Beaudin-Quintin... (Courtoisie) - image 2.1

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Chélanie Beaudin-Quintin

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Ainsi, de la prise de (très nombreuses) photos au montage de l'oeuvre (digne d'un «vrai casse-tête!»), en passant par le repérage des lieux, la direction des comédiens et le choix de l'esthétique de l'ensemble, Émilie Mannering et elle ont dû s'adapter, trouver leurs propres codes, tout au long du processus de création.

«On a commencé par prendre toutes les deux des photos, Émilie et moi, dans des angles différents. Puis, l'une s'est concentrée sur les photos et l'autre, sur la direction des comédiens. Parce qu'après avoir privilégié l'action, comme si on tournait chaque scène, on a précisé les intentions à partir d'un mot ou d'une expression. Du coup, ç'a rendu le tri des photos passablement moins laborieux!» souligne Chélanie Beaudin-Quintin, qui a notamment totalement redécoré une pièce de son appartement pour les besoins de la cause.

Bien qu'elle décrive L'Envers du décor comme un objet littéraire non identifié, Mme Beaudin-Quintin l'inscrit dans la résurgence notable du roman graphique, au Québec. «Pour moi, la seule différence, c'est qu'on utilise la photo au lieu du dessin pour illustrer une histoire», note-t-elle.

Cela dit, elle ne cache pas non plus que publier un tel ouvrage relève d'un «pari risqué».

«Le milieu de l'édition n'a évidemment pas les mêmes budgets que le monde du cinéma, ni les mêmes subventions», fait valoir celle qui a toutefois réussi à convaincre l'éditeur Michel Quintin (qui est aussi son père) et la brochette de comédiens d'investir dans ce «grand projet aux petits moyens».

Y aura-t-il récidive? Peut-être, répondent en choeur Chélanie Beaudin-Quintin et Guillaume Corbeil. «En tout cas, on serait nettement plus efficaces!» clament-ils.

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