Martin Michaud, la lucidité de l'humaniste

Le romancier Martin Michaud... (Ivanoh Demers, Archives La Presse)

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Le romancier Martin Michaud

Ivanoh Demers, Archives La Presse

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Face à l'émergence du groupe armé État islamique, l'an dernier, Martin Michaud a décidé de ne pas jouer à l'autruche: assumant son titre de romancier, il braque les projecteurs sur une violence qui le troublait. Résultat? Quand j'étais Théodore Seaborn, «qui n'est pas tant un roman sur le terrorisme qu'un roman sur l'humanité». Entrevue avec un auteur aussi lucide que porté par l'espoir de faire reculer les ténèbres à sa façon.

Théodore le soutient, à un moment crucial du roman: «Un seul homme qui décide de se lever et de lutter contre la barbarie peut en convaincre des milliers d'autres...»

«Nous avons tous une part à jouer, à notre petite échelle et individuellement, pour faire une différence, aussi humble soit-elle. Écrire ce livre, c'était peut-être la mienne... exprime Martin Michaud. Du moins, ma responsabilité, c'est d'avoir essayé, avec ce que je suis et ce que je fais, de porter un regard sur une réalité qui m'interpelle.»

Martin Michaud - (re)connu pour ses quatre enquêtes mettant en vedette Victor Lessard - avait déjà entrepris l'écriture de Quand j'étais Théodore Seaborn au moment où sont survenus les attentats visant Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher à Paris, en janvier.

«Pendant quelque temps, j'ai arrêté d'écrire... pour mieux reprendre, parce qu'il m'apparaissait pertinent de poursuivre.»

Il ne pouvait toutefois prévoir que son roman allait atterrir sur les tablettes des librairies peu de temps avant les plus récents attentats dans la capitale française.

«Nous, les romanciers, nous avons tendance à croire que nos fictions dépassent la réalité, alors que malheureusement, souvent, la réalité rattrape tout ce que nous pouvons imaginer et écrire» laisse tomber le principal intéressé, dans un long soupir, à l'autre bout du fil.

Il n'était cependant pas question de centrer son thriller «autour d'attentats comme nous venons d'en vivre», mais bien de «placer l'humain au coeur» de son histoire.

Depuis qu'il a perdu son poste au sein d'une boîte de publicité, Théodore Seaborn a entrepris une lente descente aux enfers. Il consomme sans modération (il est notamment devenu accro aux Coffee Crisp); passe ses journées à visionner en rafale des enregistrements de la commission Charbonneau; et joue à la roulette russe avec l'arme avec laquelle son propre père s'est suicidé. Au grand dam de sa conjointe Alice. Et au grand désarroi de leur fille Jade.

Face à l'Autre... et à soi

Le jour où Théodore se rend compte qu'il n'y a plus de chocolat dans la maison, il n'a d'autre choix que de sortir faire des provisions. Sans se douter que dès l'instant où il met le pied dehors se mettent en branle une série d'événements qui le placeront face à face avec son sosie.

Et, ultimement, avec lui-même.

Car cet inconnu qui lui ressemble tant, et qu'il poursuit dans les rues de Montréal, est sans l'ombre d'un doute pour lui un terroriste. Se mettant en tête de le démasquer, Théodore Seaborn se retrouve... à Racca, le fief de l'État islamique (ÉI), parmi les soldats du califat.

«Ce que je fais dire à mes personnages, notamment aux terroristes, est solidement documenté», précise celui qui, en tant que romancier, s'oblige plus à la plausibilité qu'à la véracité.

Pour les besoins de son roman, l'auteur s'est néanmoins astreint à de rigoureuses recherches, incluant le visionnement de vidéos particulièrement dérangeantes. Or, il n'avait nullement l'intention de «jouer le jeu» de l'ÉI en tombant dans la violence extrême.

«L'État islamique se targue d'être ultra violent. Le groupe aime être perçu ainsi, parce que c'est de cette manière qu'il entretient la peur qu'il inspire à tous, croyants et infidèles.»

Cela ne l'empêche pas d'exposer Théodore à la souffrance, tant physique qu'émotionnelle, dans les décombres de Racca. Surveillé de près par Samir et son fils Mohamed, le Montréalais d'adoption y renoue avec tout un pan de son passé, lui qui a aussi connu la guerre et vu la mort de (trop) près, au Liban...

«Plus il côtoie l'horreur, plus Théodore redevient humain.»

Aucun de ses personnages, victimes ou bourreaux, n'est donc totalement blanc ou complètement noir. Même Nayla, qui pourrait bien être la face sombre de Théodore, se compose de multiples teintes de gris. «Elle fait écho à tous ces jeunes en quête d'idéal qui voient quelque chose de séduisant dans le discours des radicaux.»

Il y a surtout le petit Mohamed, tiraillé entre son père et Théodore, son nouvel ami. «Aucun enfant ne devrait être prisonnier des rêves de ses parents, ni être contraint d'apprendre à haïr», fait valoir Martin Michaud, en repiquant ses mots à son personnage.

«On ne sait pas de quelle fibre on est, tant et aussi longtemps qu'on n'est pas confronté à l'horreur, à la guerre, à la misère. Ce qui m'intéressait de creuser, c'était la part d'humanité qu'il reste peut-être en chacun, malgré l'instrumentation de l'idéologie, la radicalisation et la haine. Cette humanité, il ne faut jamais la perdre de vue!» lance Martin Michaud comme il a écrit son thriller: telle une main ouverte par l'espoir.

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