Harmonie, amour et compassion

Matthieu Ricard... (Courtoisie)

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Matthieu Ricard

Courtoisie

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Sur les collines himalayennes encerclées de brume, la vie se déroule au rythme des saisons, ponctuée des cérémonies traditionnelles que dicte la religion boud­dhiste. Matthieu Ricard passe depuis quatre décennies plusieurs mois par an dans le monastère de Shéchèn, au Népal, qui héberge 600 adeptes. Le moine français n'est pas seulement un contemplatif affable, que l'on pourrait imaginer - à tort - déconnecté de tout.

Docteur en biologie moléculaire, Matthieu Ricard s'est fait connaître auprès du grand public par le livre d'entretiens qu'il a publié avec son père, l'académicien Jean-François Revel (Le Moine et le Philosophe). Il est également l'interprète français du Dalaï-lama, mais aussi fondateur de l'association caritative Karuna-Shechen qui aide les populations défavorisées du Népal... sans oublier son violon d'Ingres: la photographie. «Je suis un atome libre, au temple», sourit-il.

En visite au Québec il y a quelques semaines, accaparé par un emploi du temps de ministre entre conférences, entrevues et rencontres, il lance aujourd'hui un appel à la générosité. Depuis le séisme survenu au Népal, l'appel aux dons est devenu urgent. «Nous nous occupons de 170 projets humanitaires, soignons plus de 120 000 patients, éduquons 25 000 enfants dans les écoles», tient-il à rappeler. 

Le moine a repris son bâton de pèlerin caritatif et publie un nouveau «beau» livre aux éditions De La Martinière.

Visages de paix - Terres de sérénité, pourrait apparaître comme une coquetterie pour un moine dont la vie est vouée à l'essentiel: l'empathie, la bienveillance, la simplicité et la paix intérieure. Il s'en défend: «Je ne fais pas de la photographie-alimentaire, mais solidaire». Les droits d'auteurs seront intégralement reversés à des projets humanitaires.

À plusieurs égards, sa démarche de photographe relève de l'altruisme. «On s'éveille plus facilement aux actes de violence, à quelque chose qui cloche, mais on ignore la banalité du bien, nous disait Matthieu Ricard quelques jours avant les attentats de Paris. Ma motivation principale, en photographie, c'est de partager la beauté des paysages qui inspirent l'émerveillement, de redonner confiance en la nature humaine.» 

Une publication fort à propos que ce livre élaboré à partir de ses propres archives photos, qui contraste avec les clichés aux couleurs flamboyantes de son précédent ouvrage, Hymne à la beauté. Le moine a surtout retenu des portraits intimes de maîtres spirituels, de disciples et d'ermites aux visages typés et rayonnants, yeux pétillants, traits marqués.

«Je me félicite d'avoir ainsi pu prendre des centaines de portraits de ces maîtres pour la plupart disparus aujourd'hui, puisque ces images sont de précieux témoignages de ce qu'ils étaient», écrit-il dans en note d'intention. Sa sélection comprend une image rare du Dalaï-lama recevant une initiation de ses maîtres spirituels en Inde, en 1999.

«J'ai redécouvert des images négligées», raconte-t-il. 

La sélection photographique en préparation à cet ouvrage a (littéralement) relevé du travail de moine: 4000 clichés ont été présélectionnés, pour ne conserver «que ceux qui ressortaient le mieux».

À la fin du livre, il explique sa méthode: pendant deux ans, il a effectué des «tirages» digitaux noir et blanc d'images prises pendant presque un demi-siècle, se concentrant sur les combinaisons variées de lumière et de contraste.

Matthieu Ricard pratique la photographie depuis son enfance. «Entre une mère peintre [Yahne Le Toumelin] et un père écrivain, il me restait la photographie», commente-t-il, jovial.

Il cite un ami, le grand photographe Henri Cartier-Bresson: «Je ne prends pas de photos, je suis pris par les photos»; dit son admiration pour le travail en noir et blanc de Ansel Adams; avoue ne jamais voyager sans son appareil photo en bandoulière - «ah! la lumière sur le fleuve Saint-Laurent» - et se verrait bien «reporter de paix».

«La photographie est devenue ma distraction favorite, je passe une ou deux heures, le soir, à m'en occuper.»

Qu'on ne se risque pas à lui demander de se sacrifier à la mode de l'egoportrait (selfie): «Je suis pour le no self», rappelle le boud­dhiste dans un éclat de rire.

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