Un mystère autour du Nid de pierres

Tristan Malavoy ne fait pas que tourner autour de l'idée du nid, dans son... (Archives, La Presse)

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Tristan Malavoy ne fait pas que tourner autour de l'idée du nid, dans son premier roman: il y immerge sa plume, entre réel et fantastique. Ainsi, Le Nid de pierres renvoie autant au concept de famille qu'à la notion du cercle de la vie et de la mort, une image particulièrement chère aux Premiers Peuples. Tout ça, à partir... d'un trou de boue.

Thomas a, à l'instar de l'auteur, grandi à Saint-Denis-de-Brompton, en Estrie. Comme son personnage, Tristan Malavoy terminait son primaire, en 1985, lorsqu'il a eu un «incident» de motocross, presque avalé par un «ventre-de-boeuf» pendant qu'il faisait la course avec un copain.

«J'avais commencé une nouvelle autour de cet accident au final sans conséquences, il y a cinq, six ans. C'était mon point de départ pour revisiter ce territoire où j'ai grandi, le terrain de jeu extraordinaire où je me suis amusé toute ma jeunesse», fait valoir celui qui a collaboré, par le biais de nouvelles justement, à divers collectifs au cours des dernières années.

Une ambiance surnaturelle entourait déjà ledit trou de boue dans sa nouvelle. Cela lui a donné envie d'y superposer des éléments des légendes abénakises ayant bercé son enfance (et d'autres lues ou entendues depuis), où il est notamment question de cercles de pierres qui deviennent des lieux de communication entre les vivants et les morts.

S'il a senti dès lors qu'il tenait la prémisse d'un roman hanté par des disparitions troublantes (dont celle d'un confrère de classe de Thomas, survenue à la même époque que son «incident»), Tristan Malavoy a aussi compris que son héros devait retourner dans son village natal 20 ans plus tard.

«Pour avoir cette réflexion sur ces moments de vie qui nous portent plus que ce qu'on pourrait croire sur le coup, il fallait que Thomas ait vieilli et pris du recul. Autrement, il n'aurait pu développer cette fascination pour l'énigme que ce trou de boue représente.»

Or, sa fascination pour ce mystère devient envahissante, obsédante. Au point où Thomas, revenu s'établir à Saint-Denis avec sa compagne Laure pour y fonder une famille et redonner un nouveau souffle à sa carrière de scénariste, semble s'enliser dans le passé. Ce qui n'est pas sans inquiéter Laure, d'ailleurs. Car son amoureux et futur papa semble moins préoccupé par sa grossesse et leur vie à deux que par les habitants du coin l'ayant connu autrefois et, surtout, le lieu de son accident de motocross... Avec pour résultat que son inspiration se détourne lentement mais sûrement des attentes des uns et des autres. Et s'il était lui-même en train d'écrire une histoire où fantastique et réel se (con) fondent?

«C'est là le coeur de mon roman, reconnaît dans un sourire Tristan Malavoy. Le lecteur a des choix à faire, jusqu'à la fin: soit il accepte la présence réelle du fantastique dans ce que je raconte, soit il décide que le fantastique qui teinte l'histoire est le fruit de l'imagination de Thomas. À quel degré y a-t-il du fantastique dans Le Nid de pierres? Dès qu'on ouvre le livre ou quand on a accès aux carnets de Thomas? Là est toute la question. Car même si on est dans l'invention de Thomas, on demeure dans mon invention à moi!»

Les touches de surnaturel permettent à l'auteur de désarçonner délibérément le lecteur. De semer le doute. De l'entraîner aux confins de ce qu'il veut bien croire. Tristan Malavoy nourrit sa trame de légendes autochtones (dont le Mena'sen, le rocher au pin solitaire de Sherbrooke, entre autres), qui rythment l'ensemble. S'il admet avoir souffert du syndrome de l'imposteur en revisitant ainsi la culture des Abénakis, il l'a cependant fait pour «mieux comprendre cet aspect de ma région natale». Et par souci de mettre en valeur un pan de notre histoire.

«Les mythologies autochtones gagnent à être connues. On en parle moins que celles des Grecs ou des Romains parce qu'elles sont encore évanescentes, soutient-il. Il nous appartient donc de les faire vivre, sinon nous allons tous les oublier, alors qu'elles font aussi partie de notre patrimoine.»

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