Les deux côtés du miroir de Pierre-Luc Landry

L'auteur ottavien Pierre-Luc Landry... (Martin Roy, LeDroit)

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L'auteur ottavien Pierre-Luc Landry

Martin Roy, LeDroit

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Ils s'appellent Xavier et Hollywood. L'un est-il l'invention de l'autre ou sont-ils une seule et même personne? Vivent-ils plutôt dans des univers parallèles? En fait, les deux «blasés magnifiques» que l'Ottavien Pierre-Luc Landry met en scène dans son deuxième roman, Les Corps extra-terrestres, pourraient fort bien vivre face à face, des deux côtés d'un même miroir.

«C'est vrai qu'il y a une certaine symétrie dans leur trajectoire, concède l'auteur, mi-figue, mi-raisin, attablé devant un thé, dans un café d'Ottawa. Qui sait, c'est peut-être deux fois la même histoire, que je raconte?»

Toujours est-il qu'il est question, de part et d'autre, d'insatisfactions, de désirs, d'amours, de quêtes de sens(ations) dans l'existence.

Dans une vie, Xavier est représentant pharmaceutique. Il se déplace de colloque en colloque avec son collègue Anthony, jusqu'au moment où il fait la rencontre de Gia, dans une ruelle de Bilbao, alors qu'elle est sur le point d'accoucher.

Dans l'autre, Hollywood se cherche tout autant, partageant son quotidien et ses pérégrinations aux quatre vents avec Chokichi. La mystérieuse Saké - qui suit d'étonnantes diètes mariant concombres et rhum, entre autres - les accompagne dans leurs (més)aventures.

L'auteur explore ainsi, comme dans L'équation du temps, le rapport au réel. «Le réel est tellement plus complexe que ce que l'on en connaît! Même notre quotidien, nous l'appréhendons tous à partir de nous-mêmes. La "normalité" des choses nous est intrinsèque.»

Or, ses deux personnages se parlent aussi directement, dans l'espace de rêves où ils se donnent rendez-vous.

«On parle souvent du désir comme d'un manque, d'un trou noir à combler. Et si c'était plutôt l'expression d'un surplus de vitalité? Xavier et Hollywood ne sont pas fondamentalement vides ou absents. Ils ne veulent tout simplement pas de ce qu'on leur a appris. Comme les Beautiful Losers de Leonard Cohen, ils échouent avec une certaine grâce.»

Traces d'étoiles filantes

Il y a toutefois Gia et Saké, les véritables «corps extraterrestres» du titre, qui «foutent le bordel» dans les vies des deux hommes.

«Elles sont des étoiles filantes, des forces positives dont on ne sait vraiment d'où elles viennent, qui sont vouées à disparaître de leur vie, mais qui vont laisser une trace, une marque. À la suite de leur passage, Xavier et Hollywood auront envie de passer à autre chose.»

Pierre-Luc Landry ne croit pas au déterminisme, ni au destin. «Chacun n'est rien d'autre que ce qu'il décide de faire. Mes personnages sont à cette croisée des chemins et essaient justement de choisir ce qu'ils veulent faire, tout en étant conscients qu'ils ne contrôlent pas tout pour autant, dans leur vie.»

Comme lui-même ne contrôle pas toujours les moments d'inspiration. La prémisse de son deuxième roman a ainsi pris forme lors d'une réception au Café de Paris. Pierre-Luc Landry prenait part à un «événement un peu mondain», où il représentait la librairie pour laquelle il travaillait à Montréal.

Quand le personnage de Xavier lui est apparu, il s'est réfugié avec son verre de vin, un stylo et du papier à en-tête du Ritz-Carleton... dans les toilettes. «Je ne voulais surtout pas faire cliché en me mettant à griffonner sous le coup de l'inspiration dans un événement littéraire!»

Ce qu'il a par la suite travaillé comme un scénario de fiction s'est transformé en roman quand... Holly­wood a surgi dans son imaginaire. Pierre-Luc Landry sourit, quand on lui fait remarquer que cela paraît presque arrangé avec le "gars des vues". «C'est vrai qu'en plus, Xavier est obsédé par le cinéma...» rappelle l'Ottavien, sourire en coin.

Besoin de finalité?

Par ailleurs, pendant que Xavier se dévoile dans des carnets intimes, Hollywood signe des poèmes illégitimes - «Ma façon un brin hypocrite de devenir poète, en m'essayant à ce genre dans un roman!»

«En fait, les deux se répondent, dans leur écriture, renchérit-il entre deux gorgées de thé. Ils parlent tous les deux de recommencement; ils réfléchissent tous les deux sur la nécessité ou non de clore les choses, un sujet sur lequel je réfléchis beaucoup.»

Car Les Corps extraterrestres se termine non pas dans la forme romanesque, mais bien par un extrait du cahier de Xavier et un poème d'Hollywood. «Même dans la vie, je préfère quand la finalité d'une histoire se distille, fait valoir Pierre-Luc Landry. J'avais envie que ça se reflète dans ma manière d'écrire.»

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